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Libye

Libye

Population 6,6 millions
PIB par habitant 6 055 $US
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Evaluation des risques pays
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Environnement des affaires
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Synthèse

principaux Indicateurs économiques

  2018 2019 2020 (e) 2021 (p)
Croissance PIB (%) 17,2 2,5 -41,0 21,0
Inflation (moyenne annuelle, %) -1,2 4,6 22,0 15,0
Solde public / PIB (%) 16,3 20,4 -10,0 -5,0
Solde courant / PIB (%) 25,7 10,7 -14,0 3,5
Dette publique / PIB (%) 105,0 110,0 260,0 ND

(e) : Estimation (p) : Prévision

POINTS FORTS

  • Importantes réserves de gaz et de pétrole (les plus importantes d’Afrique)
  • Très faible endettement extérieur
  • Importantes réserves de change, fonds souverain
  • Positionnement stratégique en Méditerranée, proximité avec l’Europe

POINTS FAIBLES

  • Division du pays en deux : la Tripolitaine à l’ouest gérée par le Gouvernement d’entente nationale, mené par le Premier ministre du Conseil présidentiel, Fayez-al Sarraj, reconnu par la communauté internationale ; la Cyrénaïque à l’est, soutenu par le maréchal Haftar
  • Le sud du pays (Fezzan) fait face à la prolifération des trafics (humain, arme, drogue) et à l’animosité entre Touaregs et Toubous
  • Morcellement économique et financier superposé aux divisions politiques et tribales
  • Accès sélectif aux devises pour les importateurs
  • Environnement des affaires déficient (186/190 dans le classement Doing Business 2020)
  • Destruction d’une grande partie des infrastructures du pays

Appréciation du risque

Mince espoir d’élections en 2021 et contexte sécuritaire très dégradé

L’attaque de Tripoli entre avril 2019 et juin 2020, le blocus des ports et terminaux pétroliers entre janvier et septembre 2020 et la crise sanitaire ont engendré la plus grave crise à laquelle la Libye a été confrontée depuis 2011. En effet, minée par les fractures politiques réapparues suite à la révolution de 2011, la Libye est un territoire divisé. Deux autorités se disputent le pouvoir : l’Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée du maréchal Khalifa Haftar dans l’Est et le Gouvernement d’entente nationale (GNA) basé à Tripoli dans l’Ouest, exécutif reconnu internationalement. Suite à une offensive contre Tripoli lancée par le maréchal Haftar en avril 2019, le pays a plongé dans une nouvelle période de guerre civile ouverte entre les deux autorités rivales, nourri par les ingérences de puissances étrangères (soutien de la Turquie et du Qatar pour le GNA et des EAU, de la Russie, et de l’Egypte pour l’ANL). La bataille de Tripoli s’est soldée en juin 2020 par l’expulsion de l’ANL de la banlieue de la capitale. Un accord de cessez-le-feu, signé le 23 octobre à Genève sous l’égide de l’ONU, a par la suite enteriné l’arrêt des combats.

La Mission d’appui des Nations unies à la Libye (MANUL) a confirmé en novembre 2020 que les deux partis ont convenu d’organiser des élections législatives et présidentielles en décembre 2021. Toutefois, étant donné que la nouvelle forme des institutions n’a pas été arrêtée, nul ne sait vraiment pour quels organes les Libyens seront appelés à voter. Par ailleurs, alors que l’accord de Genève prévoyait le retrait des troupes étrangères d’ici au 23 janvier 2021, le GNA a indiqué que l’accord ne concernait pas la Turquie et a signé un nouvel accord de coopération militaire avec le Qatar.

 

Economie tributaire de l’évolution du conflit et de l’activité pétrolière

L’effondrement de la croissance s’explique par le quasi arrêt du secteur pétrolier pendant les trois premiers trimestres de l’année 2020, alors que celui-ci représente 60% du PIB. Le blocus de la production était en effet dû aux milices armées de l’Armée nationale libyenne. Après 8 mois de blocage, le maréchal Haftar a annoncé sa levée en août 2020. Selon l’OPEP, la production de pétrole est passée de 1,1 million de barils par jour en décembre 2019 à 107 000 entre février et septembre 2020, soit une perte de revenus de 95,5% d’après la National Oil Corporation. Depuis la levée du blocus en septembre, la production a connu une reprise rapide, à 1,2 million de barils par jour à la mi-novembre et perdurerait de la sorte en 2021, sous réserve qu’aucune crise politique ne survienne. Toutefois, la dégradation des infrastructures coûtera des milliards de dollars et nécessitera la venue d’investisseurs étrangers, pourtant frileux étant donnée la situation du pays.

Au-delà des problèmes relatifs au secteur pétrolier, la consommation des ménages (jusqu’à 80% du PIB certaines années), touchée par la baisse des revenus et les mesures de distanciation sociale, a chuté de 15% en 2020 et devrait augmenter de seulement 3% en 2021.. L’investissement privé local devrait rester faible du fait de la persistance de fortes incertitudes. L’économie a aussi souffert de la dépréciation de la monnaie sur le marché noir (54% au cours du premier semestre 2020) liée à la raréfaction des devises et qui a creusé l’écart avec son taux de change officiel. Avec l’essor des recettes pétrolières, la dépréciation devrait cesser en 2021.

 

Des déficits jumeaux très largement déficitaires

Le solde public a plongé dans un déficit extrême en 2020. En effet, 55% des revenus publics dépendent du pétrole. Or, en 2020, les recettes du pétrole devraient avoir représenté seulement un cinquième des recettes de 2019. Pour limiter le déficit, le GNA a réduit de 20% les salaires des fonctionnaires et a diminué ses subventions, notamment sur le carburant. Par ailleurs, la taxe sur les ventes de devises instaurée en décembre 2018 a permis de soulager légèrement les tensions pesant sur les finances publiques. Le déficit est financé par la Banque centrale, mais aussi les banques commerciales locales, ce qui explique que la dette soit en très grande partie domestique. En 2021, la reprise de la production et la montée du cours du pétrole permettront une amélioration des comptes publics.

La chute de 80% des exportations (celles-ci étant composées à hauteur de 97% par les exportations de pétrole) explique en très grande partie l’immense déficit courant de 2020. En 2021, la levée du blocus et la hausse des prix du pétrole permettront une augmentation de 198% des exportations de biens selon le FMI. Cependant, en face, les importations devraient vivement repartir. Le déficit structurel des services restera important étant donné la dépendance du pays à l’égard des sociétés étrangères pour le service de son industrie pétrolière, tandis que l’excédent des revenus primaires résultant d’investissements détenus à l’étranger perdurera. En 2021, la réduction du déficit courant atténuera la pression sur les réserves de change (USD 74 milliards fin mai 2020, plus de 20 mois d’importations) de la Libye, que la banque centrale a utilisées pour tenter de maintenir l'approvisionnement du marché en devises en 2020. Par ailleurs, la Libye dispose d’un fonds souverain estimé à USD 60 milliards en 2011, car, depuis, gelé sur décision de l’ONU.

 

Dernière mise à jour : Février 2021

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