Modération du rythme de croissance
En 2025, la croissance économique a ralenti dans le contexte d’incertitude liée aux droits de douane américains, de la correction du marché immobilier, et d’un regain de tensions avec la Thaïlande voisine. Les combats sur leur frontière et les déplacements des personnes vivant près des zones de combat ont impacté l’économie cambodgienne par plusieurs canaux. Tout d’abord, par le biais des flux de marchandises. Même si la Thaïlande ne représente pas un important marché à l’export (3% des exportations totales en 2024), elle constitue une source d’importations non négligeable (12%), notamment pour certains produits alimentaires (boissons, sucre), ainsi que dans l’automobile. Elle joue également un rôle de transit pour une partie des exportations cambodgiennes, en particulier de produits agricoles. De plus, le conflit a perturbé les flux de remises des expatriés en Thaïlande (première destination), dont de nombreux sont revenus au pays. Les remises représentaient au total 6% du PIB en 2024. Enfin, le conflit a affecté le tourisme (9% du PIB). La perte de confiance des touristes internationaux, et la dépendance du secteur à la Thaïlande – première source d’arrivées de touristes étrangers (32%) en 2024 – ont contribué à la diminution des arrivées de touristes étrangers de près de 6% sur les huit premiers mois de l’année.
Ce ralentissement devrait se poursuivre en 2026, la croissance demeurant nettement inférieure à son rythme d’avant la pandémie, qui s’établissait en moyenne à 8?% entre 2015 et 2019. La consommation privée (60% du PIB), après son léger recul attendu en 2025, devrait positivement contribuer à la croissance. Toutefois, malgré une inflation modérée et en repli, favorable au pouvoir d’achat, cette contribution restera limitée. Le retour massif de travailleurs cambodgiens depuis la Thaïlande — près d’un million en 2025 — pourrait entraîner une baisse prolongée des transferts de fonds et une détérioration du marché du travail domestique, pesant ainsi sur la vigueur de la demande des ménages. L’investissement privé pourrait croître à un rythme plus modéré qu’en 2025. Cette décélération s’expliquerait par le repli continu du marché immobilier, ainsi que par une hausse d’entrées d’investissements directs étrangers amorcée au troisième trimestre 2024 et prolongée sur la première moitié de 2025, probablement liée à une réallocation partielle des chaînes de valeur du secteur de l’habillement du Bangladesh vers le Cambodge. Ces deux secteurs concentraient à eux seuls près de deux tiers des flux d’investissements directs étrangers (IDE) en 2024, lesquels représentaient la quasi-totalité de l’investissement privé total.
Les exportations (143% du PIB) resteront la principale source de croissance. Constituées à près de 50% de vêtements, chaussures et articles de maroquinerie, elles continueront de croitre de manière dynamique. L’instauration par les États-Unis — premier marché à l’export représentant 37?% des exportations de marchandises cambodgiennes — de droits de douane à hauteur de 19?% ne devrait pas compromettre significativement la compétitivité du pays. Ce taux demeure comparable, voire inférieur, à ceux appliqués à d’autres producteurs asiatiques du secteur, tels que l’Inde (50?%), le Bangladesh (20?%) ou le Vietnam (19?%).
Peu de risques liés aux déficits jumeaux
Après avoir quasiment disparu en 2023 et 2024, le déficit courant devrait se creuser en 2025 et 2026, sous l’effet d’un creusement du déficit commercial. Bien que les exportations de marchandises continuent de progresser, la montée en puissance de l’activité manufacturière devrait entraîner une hausse plus marquée des importations, notamment de matières premières textiles telles que les tissus, les fibres chimiques et le coton. Par ailleurs, une réduction prolongée des transferts de fonds liée au retour massif des travailleurs cambodgiens depuis la Thaïlande pourrait amoindrir le surplus de la balance des revenus secondaires. A l’inverse, la balance des services (tourisme) restera positive, mais l’évolution de son excédent dépendra en partie de la durabilité du cessez le feu signé avec la Thaïlande en octobre 2025. Malgré cette dynamique et le ralentissement anticipé des flux d’investissement étranger, le déficit courant devrait continuer d’être financé par les entrées de capitaux. En 2024, les investissements directs étrangers (IDE) nets représentaient 9,4?% du PIB, permettant aux réserves de change de se maintenir à un niveau confortable - équivalant à 7,5 mois d’importations en juin 2025. En outre, dans le contexte de forte dollarisation de l’économie cambodgienne, la baisse du dollar américain, sur fond d’incertitudes liées à la politique commerciale de Washington, a réduit la nécessité pour la Banque nationale du Cambodge d’intervenir sur le marché des changes en vendant des devises pour stabiliser le riel, comme elle l’avait fait les années précédentes. La poursuite graduelle de l’assouplissement de la politique monétaire américaine, amorcée en septembre 2025, devrait continuer à atténuer cette pression.
Sur le plan budgétaire, malgré les efforts de consolidation engagés par le gouvernement, le déficit public devrait s’être légèrement aggravé en 2025. Ce recul s’explique par le ralentissement de l’activité économique, qui a pesé sur la collecte des recettes fiscales, ainsi que par l’augmentation des dépenses en capital et des salaires dans la fonction publique. Si le projet de loi de finances pour 2026, validé par le Conseil des ministres fin octobre 2025, est adopté par le Parlement, les dépenses publiques devraient croître de près de 8% par rapport à l’exercice précédent, avec une orientation prioritaire vers l’éducation, les infrastructures, la défense et la santé. Côté recettes, le gouvernement prévoit l’introduction d’une taxe sur les gains en capital à compter du 1er janvier 2026, dans le but d’élargir l’assiette fiscale. Les recettes fiscales représentaient environ 12% du PIB en 2024, en deçà de la moyenne de la région Asie-Pacifique de 19,5% en 2023. Le ratio de dette publique sur PIB devrait rester modéré. En outre, le Cambodge dispose de réserves budgétaires représentant 11,9?% du PIB en mars 2025, et le profil de sa dette limite les risques. Bien qu’elle soit quasi exclusivement extérieure, elle demeure essentiellement concessionnelle, avec des échéances concentrées sur le moyen et le long terme.
Les risques associés à l’endettement reposent davantage sur le secteur privé, l’encours du crédit domestique au secteur privé représentant environ 125 % du PIB en 2024. Avec près d'un tiers lié au secteur immobilier en difficulté, la dette privée pèse sur le secteur bancaire du pays, qui a dû faire face à une augmentation du taux de prêts non productifs (de 5,1 % en 2023 à 7,2 % en 2024).
Vives tensions avec la Thaïlande
Après près de quatre décennies de règne, Hun Sen, ancien commandant militaire des Khmers rouges, a officiellement transmis le pouvoir à son fils, Hun Manet, en juillet 2023. Ce dernier a prêté serment en tant que Premier ministre le mois suivant pour un mandat de cinq ans à la suite d'un vote de confiance du Parlement. Toutefois, il s'agissait en grande partie d'une formalité, car le Parti du peuple cambodgien (PPC), dirigé par la famille Hun, détient un monopole quasi-total au parlement, occupant 120 des 125 sièges après que le principal parti d'opposition a été empêché de participer aux dernières élections. Bien qu’il ait promis une modernisation de l’État et fait la promotion de la transparence, son gouvernement a été accusé de réprimer sévèrement les libertés fondamentales, selon Human Rights Watch. Par ailleurs, Hun Sen, bien qu’ayant quitté ses fonctions exécutives, continue de jouer un rôle politique central en conservant la présidence du PPC et celle du Sénat.
Afin d'attirer les investissements étrangers, le Premier ministre Manet a orienté la diplomatie cambodgienne vers une approche plus diversifiée et plus équilibrée. Longtemps centrée sur la Chine, celle-ci s’ouvre désormais à de nouveaux partenaires, notamment en Occident, au Moyen-Orient et en Afrique. En 2025, les relations avec les États-Unis ont été marquées par les négociations commerciales tendues autour des droits de douane imposés par Washington. À la suite de l’initiative «?Liberation Day?» lancée en avril, le Cambodge s’est vu appliquer un tarif douanier record de 49?%, le plus élevé parmi les pays ciblés. Cette mesure était en lien avec l’excédent courant de 13 milliards de dollars en 2024, représentant 98?% de la valeur des importations américaines en provenance du Cambodge. Grâce à la série de négociations bilatérales, Phnom Penh est parvenu à faire abaisser ce taux à 19?%, à compter du 7 juillet. L’accord commercial bilatéral signé en octobre 2025 a entériné ce nouveau régime tarifaire. Sur le plan régional, le Cambodge a poursuivi sa participation active au sein de l’ASEAN, en dépit du climat diplomatique tendu avec la Thaïlande. Les deux pays contestent depuis plus d’un siècle le tracé de leur frontière commune, issu d’un accord entre la Thaïlande (alors royaume de Siam) et la France. Les tensions latentes se sont brutalement aggravées en mai 2025 après qu’un soldat cambodgien a été tué sur la zone. Après l’annonce d’un cessez-le-feu en juillet et sous la pression de Donald Trump, qui aurait menacé de suspendre ses négociations commerciales en cours avec les deux pays si aucun compromis n’était pas trouvé, un accord de paix formel fut signé en octobre. Néanmoins, les tensions ont persisté sur le terrain, Cambodge et Thaïlande s’accusant mutuellement de violer le cessez-le-feu, de harcèlement envers les populations civiles et même de violences, particulièrement dirigées contre les ressortissants cambodgiens essayant de traverser la frontière pour retrouver un emploi en Thaïlande. Deux semaines après sa signature, la Thaïlande a publiquement annoncé la suspension du cessez-le-feu.
Malgré l’approche diversifiée de la politique étrangère, le pays continue d’entretenir une étroite relation avec la Chine. Pékin est un partenaire commercial majeur - représentant 47 % des importations totales de marchandises en 2024 – ainsi que son principal investisseur et fournisseur d'aide financière. La solidité de cette relation se manifeste également sur le plan militaire : depuis 2016, les deux pays organisent régulièrement des exercices conjoints baptisés « Golden Dragon », illustrant leur coopération en matière de défense. Autre symbole de ce partenariat stratégique, la modernisation de la base navale de Ream par la Chine, située sur la côte sud du Cambodge. Ce projet, qui offre à Pékin un accès maritime privilégié au golfe de Thaïlande, a suscité des inquiétudes à Washington, qui redoutait une utilisation exclusive de l’installation par les forces chinoises. Néanmoins, des navires militaires japonais et vietnamiens y ont fait escale. Certains aspects de cette relation pourraient toutefois constituer des points de friction. La présence de réseaux criminels chinois au Cambodge, engagés dans des activités de blanchiment d’argent et de cyber escroqueries pourrait nourrir un malaise dans les relations bilatérales. Par ailleurs, Pékin n’a pas exprimé de soutien explicite au Cambodge lors du conflit avec la Thaïlande.

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