Interviewé par Investir, Xavier Durand, Directeur général de Coface, explique que l’intelligence artificielle n’est pas une nouveauté pour le Groupe mais un accélérateur de transformation. Grâce à l’IA, Coface enrichit ses données, améliore ses modèles de risque et optimise ses processus, permettant notamment d’automatiser près de 70 % des décisions de crédit et de réduire significativement les délais de traitement. Xavier Durand souligne que l’IA vient renforcer l’expertise humaine, sans la remplacer, en s’appuyant sur les données propriétaires et le savoir-faire des équipes.
1/ Quels sont les domaines dans lesquels l’IA a le plus apporté à votre groupe ? Pouvez-vous chiffrer les gains déjà obtenus et à attendre dans les prochaines années et les investissements réalisés ?
L’IA n’est pas une nouveauté pour Coface, c’est une accélération. Nous l’utilisons depuis longtemps dans nos modèles de risque, et son apport se concentre aujourd’hui sur trois leviers très concrets.
Le premier, c’est l’enrichissement de la donnée, qui est au cœur de notre modèle. Nous disposons d’une base de données sur 245 millions d’entreprises et répondons à une demande d’information toutes les 5 secondes. L’apport clé de l’IA, notamment au sein de notre Data Lab, est de nous permettre d’intégrer beaucoup plus simplement et rapidement des données non structurées. Nous pouvons ensuite exploiter plus efficacement ces volumes, en structurant l’information et en élargissant en continu notre couverture et notre profondeur d’analyse.
Le deuxième levier, c’est l’amélioration de nos modèles. Chez Coface, nous prenons 15 000 décisions de crédit par jour, dans plus de 200 pays, sur près de 5 millions de contreparties — chacune avec ses spécificités. L’IA permet d’intégrer davantage de signaux et d’automatiser les décisions les plus simples — aujourd’hui près de 70 % — ce qui libère du temps pour l’analyse des cas complexes. Elle permet aussi de réduire très fortement les délais : une décision qui prenait autrefois jusqu’à cinq jours peut désormais être rendue en une demi-journée, avec un niveau de précision supérieur.
Enfin, l’IA contribue à améliorer la productivité globale du Groupe. Ce n’est pas un sujet nouveau, mais elle nous permet d’optimiser plus largement nos processus — de la gestion des sinistres aux activités marketing, en passant par les fonctions IT — et de gagner en efficacité à grande échelle.
Au final, ces avancées nous permettent à la fois d’accélérer nos opérations et d’améliorer la qualité de nos décisions. C’est dans cet objectif que nous procédons chaque année à des investissements conséquents dans la data et les technologies.
2/ L’IA peut aussi avoir des effets négatifs pour certains métiers. Certaines de vos activités sont-elles concurrencées par l’IA et comment votre groupe s’est-il adapté ?
L’IA ne serait une menace que si nous ne nous y intéressions pas. Notre force repose sur trois atouts difficiles à reproduire : des données propriétaires, un réseau d’experts dans près de 60 pays et 80 ans d’expertise dans la gestion des risques.
L’IA ne remplace pas cette expertise, elle l’augmente. Elle permet d’intégrer de nouvelles sources d’information et d’enrichir nos analyses. Mais la décision finale reste humaine.
Cette évolution se traduit aussi par une transformation des métiers. Les collaborateurs évoluent vers des rôles de supervision et de pilotage d’outils intelligents, ce qui exige de nouvelles compétences et une gouvernance renforcée des usages de l’IA.
Enfin, nous restons vigilants face aux risques : dépendance technologique, qualité des données, fiabilité des modèles. Notre stratégie est claire : utiliser l’IA partout où elle crée de la valeur, sans jamais déléguer ce qui fait notre différenciation.
3/ Quels changements avez-vous et allez-vous apporter à votre organisation pour exploiter au mieux l’IA ? Ne craignez-vous pas un impact négatif sur l’emploi ?
Pour tirer pleinement parti de ces évolutions, nous avons fait évoluer notre organisation. En 2025, nous avons créé un pôle technologique dédié à la data, à la connectivité et à l’innovation produit, afin de renforcer la gouvernance et d’accélérer la transformation du Groupe.
Ce pôle permet de mieux coordonner nos investissements et de rapprocher les équipes métier, data et IT. En parallèle, nous continuons de renforcer nos capacités internes, notamment au sein de notre Data Lab, dont les effectifs ont été multipliés par 10 en quelques années.
L’enjeu est autant organisationnel qu’humain. L’IA transforme les métiers, mais ne se traduit pas par une substitution massive des emplois. Elle s’accompagne surtout d’une montée en compétence des équipes et d’une évolution des rôles vers plus de pilotage et de responsabilité. Notre conviction est simple : la valeur restera dans la combinaison entre la qualité des données, la puissance des outils… et le jugement humain.
