Grâce à l’analyse de données propriétaires couvrant plusieurs milliers d’entreprises françaises avant et après la crise sanitaire, une collaboration de recherche entre Coface et l’Université Grenoble Alpes permet de mesurer l’impact réel des PGE (Prêts Garantis par l’État) sur l’endettement, la trésorerie et le risque de défaillance.
Ces travaux, menés par Constantin Foreau, Isabelle Girerd-Potin et Youssef Khoali, illustrent également la contribution des activités de recherche et développement de Coface à une meilleure compréhension des risques d’entreprise.
Grâce à la richesse de sa base d’informations sur les entreprises françaises — couvrant une période allant de l’avant-crise Covid jusqu’à aujourd’hui — Coface est en mesure de produire des analyses fines et robustes sur les dynamiques financières et les risques de défaillance. Cette profondeur historique permet d'aller au-delà des analyses macroéconomiques traditionnelles pour mesurer concrètement l'impact des PGE sur la structure financière et le risque de défaut des entreprises.
Ce travail illustre également la complémentarité entre la qualité des données Coface et l’expertise du Data Lab. En croisant données financières, informations terrain et analyses de nos experts, Coface ne se limite pas à observer les risques mais contribue à mieux les comprendre et à les anticiper, afin de donner les clés aux entreprises pour prendre les bonnes décisions avec confiance.
Chiffres clés
- +7,1 pts : hausse du ratio dette/actifs des entreprises bénéficiaires en 2020
- +5,3 pts : augmentation du cash/actifs liée aux PGE
- -0,185 : dégradation du score d’Altman (hausse du risque de défaut) en 2020
- 3 420 entreprises analysées dans la base Coface
Mesurer l’impact des PGE sur la santé financière des entreprises
Cette étude s’inscrit dans un contexte inédit : l’ampleur massive des prêts garantis par l’État pendant la crise sanitaire et leurs effets encore visibles sur les entreprises. En France, plus de 700 000 sociétés ont eu recours à ce dispositif, transformant durablement la structure de leur bilan.
Face à cette situation, plusieurs questions se posent : comment ces financements ont-ils été utilisés ? Ont-ils permis de renforcer durablement les entreprises ? Et surtout, quel est leur impact sur le risque de défaut une fois la crise passée ?
Pour y répondre, Coface s’appuie sur un atout clé : la richesse de ses données. En combinant états financiers historiques, informations issues de ses centres d’information et analyses de ses experts crédit, l’entreprise dispose d’une vision fine et actualisée du tissu économique.
Des entreprises déjà fragilisées avant la crise
L’un des premiers résultats de l’étude est que les entreprises ayant eu recours aux PGE présentaient, dès avant la pandémie, un profil plus risqué.
En 2019, elles se distinguaient par :
- un niveau d’endettement plus élevé
- une capacité plus faible à générer du cash-flow
- un niveau de liquidité déjà important
- un risque de défaut supérieur
- une ancienneté plus faible en moyenne
Ce constat confirme que le dispositif a principalement bénéficié aux entreprises les plus contraintes, en ligne avec son objectif de soutien d’urgence. Autrement dit, les PGE ont d’abord joué leur rôle auprès d’entreprises qui présentaient déjà, avant la crise, des fondamentaux financiers plus fragiles — un point mis en évidence par les travaux de Constantin Foreau, Isabelle Girerd-Potin et Youssef Khoali.
Usage des PGE : la liquidité plus que l’investissement
L’analyse met en évidence un point essentiel : les PGE n’ont pas été utilisés comme un levier d’investissement. Entre 2019 et 2020, les entreprises bénéficiaires ont à la fois accru leur endettement et renforcé fortement leur trésorerie. En revanche, aucun effet significatif n’est observé sur les dépenses d’investissement ou les actifs productifs.
Les principaux mécanismes sont les suivants :
- une augmentation rapide de la dette liée aux nouveaux financements
- une accumulation de liquidités servant de réserve de précaution
- une utilisation limitée pour financer le développement ou l’expansion
Cette logique traduit un comportement d’arbitrage face à l’incertitude : les entreprises ont privilégié la sécurisation de leur situation financière à court terme.
Dès 2021, la tendance s’inverse partiellement, avec une réduction progressive du niveau de trésorerie et le début du remboursement de la dette, à mesure que les conditions économiques se stabilisent.
Un effet différé sur le risque de défaut
Si les PGE ont pleinement rempli leur fonction de stabilisation immédiate, leur impact à moyen terme apparaît plus nuancé.
L’étude montre que :
- le risque de défaut augmente davantage en 2020 pour les entreprises bénéficiaires
- en 2021, ce risque diminue partiellement
- mais il demeure plus élevé qu’avant la crise et supérieur à celui des entreprises non bénéficiaires
Cette évolution reflète un arbitrage classique : l’endettement permet d’absorber un choc à court terme, mais il pèse sur les équilibres financiers dans la durée.
Risque de défaut, endettement : les effets varient selon la taille et le secteur
L’exploitation des données Coface permet d’identifier des écarts significatifs selon les profils d’entreprises.
Plusieurs tendances se dégagent :
- les petites entreprises sont les plus exposées à la hausse du risque de défaut
- certains secteurs, notamment le commerce et le transport, présentent des variations plus marquées
- les entreprises de taille intermédiaire ont connu les progressions d’endettement les plus importantes
Ces différences soulignent l’importance d’une analyse fine, capable de dépasser les moyennes pour comprendre les dynamiques à l’œuvre.
Quelles leçons pour les futurs dispositifs de soutien aux entreprises ?
Au-delà des résultats chiffrés, cette étude met en évidence plusieurs enseignements clés.
Les PGE ont constitué un instrument efficace pour amortir le choc économique et éviter une vague immédiate de défaillances. Toutefois, ils ont également contribué à accroître le niveau d’endettement d’entreprises déjà fragiles, ce qui peut peser sur leur trajectoire post-crise.
Ces éléments invitent à réfléchir à l’équilibre entre rapidité de mise en œuvre des dispositifs d’aide et ciblage des bénéficiaires. Une meilleure distinction entre difficultés conjoncturelles et fragilités structurelles pourrait permettre d’améliorer l’efficacité des politiques de soutien.
Cette étude illustre la capacité de Coface à transformer la donnée en intelligence économique. Grâce à la profondeur de ses bases d'information, à l'expertise de ses analystes et à ses activités de recherche appliquée, le groupe est en mesure d'identifier des tendances que les indicateurs traditionnels peinent parfois à révéler. Au-delà du cas des PGE, cette démarche reflète l’ambition de Coface : mettre la donnée au service d'une meilleure compréhension des risques, détecter les signaux faibles et aider les entreprises à prendre des décisions plus éclairées dans un environnement toujours plus incertain.
Découvrez comment la data Coface est mise à votre disposition pour mieux anticiper vos risques commerciaux
Cet article s’appuie sur les travaux publiés par Constantin Foreau, Isabelle Girerd-Potin et Youssef Khoali : Foreau, C., Girerd-Potin, I., & Khoali, Y. (2025). Impact of French State-Guaranteed Loans on Company Financial Statements During the COVID-19 Crisis. Bankers, Markets & Investors, 183(4), 28-43. Consulter l’article.



