Quand les retards de paiement progressent, c’est souvent toute la chaîne qui se fragilise : trésorerie, rentabilité, capacité d’investissement… jusqu’au risque de défaillance. A partir des enseignements de l’Enquête de paiement France 2026 de Coface, les experts économiques et risques de Coface décryptent les tendances sectorielles qui émergent et les risques à anticiper pour sécuriser votre croissance en 2027.
Une dégradation généralisée, mais des impacts sectoriels très contrastés
En France, le crédit interentreprises reste incontournable : selon l’Enquête de paiement France 2026 de Coface, 97 % des entreprises accordent des délais de paiement à leurs clients (50 jours en moyenne). Mais les règlements effectifs se dégradent : en 2026, 89 % des entreprises ont subi des retards (contre 86 % l’an dernier) avec une durée moyenne qui atteint désormais 41,2 jours (et même 46 jours pour les TPE !).
Toujours plus longs et plus fréquents depuis trois ans, les retards de paiement s’aggravent, en particulier pour les petites entreprises.
Ces retards ont aussi un impact plus important voire critique sur la trésorerie des entreprises, notamment les TPE,
constate Bruno de Moura Fernandes, responsable de la Recherche Macroéconomique de Coface.
Aucune entreprise n'y échappe, mais tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne : certains sont plus exposés et s’accompagnent de risques complexes à surveiller.
Le tourisme, qui cumule les paradoxes, illustre bien cette réalité nuancée du terrain :
- les retards y sont moins fréquents qu'ailleurs (55 % des entreprises) ….
- …mais leur durée moyenne atteint le niveau le plus élevé (73 jours en moyenne) !
- 4 entreprises touristiques sur 10 jugent l'impact sur leur trésorerie « critique »
Agroalimentaire : de la production à la grande distribution, un risque de propagation
Aléas climatiques, volatilité des matières premières (céréales), bouleversements géopolitiques (conflit Russie-Ukraine), et pression sur les exportations : le secteur agroalimentaire est pris dans un faisceau de tensions.
Résultat : le secteur affiche 53 jours de retards de paiement en moyenne (juste derrière le tourisme), marqué par ailleurs par une hausse plus forte que les autres segments. Plusieurs facteurs sont mentionnés par les décideurs sondés par l’Enquête de paiement France 2026 :
95 % des entreprises agroalimentaires ayant une relation commerciale directe avec les États-Unis déclarent avoir subi les effets de la hausse des tarifs douaniers américains ;
la moitié a enregistré une baisse de ses exportations ;
45 % une réduction de leurs marges.
Dans l’agroalimentaire, c’est toute la chaîne de valeur qui doit être surveillée, des producteurs et coopératives jusqu’aux industriels et aux distributeurs (grandes et moyennes surfaces).
A l’image des perturbations observées sur le maïs, une tension en amont ou en bout de chaîne peut très rapidement se répercuter sur tous les autres maillons de la filière
explique Abou Dembélé, responsable de la souscription des risques de Coface France.
Construction : un effet domino inévitable, surtout pour les petites entreprises ?
Dans la construction et l’immobilier, les délais de paiement atteignent 44 jours en moyenne, fragilisant ainsi davantage la trésorerie des entreprises, dont 31% jugent l’impact « critique ». La hausse des coûts liée aux perturbations dans le détroit d’Ormuz a également concerné 66 % des organisations du secteur.
Cet environnement pèse particulièrement sur les TPE et PME, qui disposent de réserves financières plus limitées et subissent souvent des cycles d’encaissement longs.
Un retard sur une créance importante peut alors se répercuter sur :
- le règlement des fournisseurs,
- la capacité à financer les chantiers suivants,
- le respect d’un échéancier de remboursement.
Automobile : la chaine d’approvisionnement sous (haute) tension
Le secteur de l’automobile cumule baisse des commandes, recul des marges, tensions de trésorerie et complexité des chaînes d’approvisionnement. Au total, 44 % des entreprises du secteur interrogées ont subi une baisse de commandes et 56 % signalent des tensions de trésorerie. Les défaillances des entreprises du secteur, elles, progressent de 8 % en un an.
Dans l'automobile, nous surveillons tout particulièrement les risques en cascade sur toute la chaîne de valeur, du constructeur aux équipementiers, et, en bout de chaîne, les réseaux de concessions qui sont fortement impactés.
nous dit Abou Dembélé.
La vigilance doit aussi porter sur les fournisseurs positionnés sur des chaînes longues, internationales ou fortement dépendantes d’un nombre réduit de donneurs d’ordre. En cas de choc, la dégradation peut se diffuser rapidement d’un maillon à l’autre.
Défaillances d’entreprises : ce qui attend les trésoreries en 2027
Pour les décideurs, l’enjeu global dépasse la seule question du délai de paiement : ces décalages absorbent leur besoin en fonds de roulement, réduisent leurs marges de manœuvre et peuvent annoncer une détérioration plus profonde de la solvabilité d’un client ou d’un fournisseur.
Parmi les entreprises confrontées à des retards, 47 % les attribuent d’ailleurs aux difficultés financières de leurs clients. La dégradation des comportements de paiement n’est plus un signal isolé : les défaillances d’entreprises aussi se poursuivent à la hausse. Depuis fin 2023, celles-ci se fixent nettement au-dessus de leur niveau d’avant-Covid et cette tendance se confirme en 2026 : au total, 43 282 défaillances ont été enregistrées sur les sept premiers mois de l’année, soit +6 % sur un an et +46 % par rapport à 2019.
Sur le terrain, les dossiers de recouvrement deviennent plus difficiles, les plans de paiement s’allongent et les tensions de trésorerie s’intensifient.
Mais un impayé n’arrive pas subitement et découle toujours d’une dégradation des comportements : paiements qui glissent, échéances renégociées, litiges inhabituels.
Ces signaux doivent alerter les entreprises pour agir immédiatement, avant que le retard de paiement ne se transforme en impayé : c’est précisément dans ces situations que leurs actions de recouvrement ont le plus de chances d’aboutir, sans avoir à recourir au contentieux,
expliqueNathalie Paris, directrice de l'indemnisation et du recouvrement de Coface France, Afrique et Europe de l'Ouest.
Cette augmentation des défaillances d’entreprises est particulièrement intense pour les secteurs suivants :
- Services aux entreprises (+12%)
- Agroalimentaire (+11%)
- Automobile (+8%)
Au-delà des microentreprises, qui concentrent plus de 90 % des cas de défaillances, les ETI et les grandes entreprises ne sont pas épargnées (64 défaillances recensées en 2026, contre 27 en 2019). Les marges et la trésorerie des entreprises resteront sous tension et les défaillances devraient continuer de progresser : Coface anticipe d’ailleurs une hausse totale de 7% en 2026 puis de 9% en 2027.
Vous aussi, protégez votre croissance et agissez avant que vos retards de paiement se transforment en impayés irrécouvrables :
- Des insights pour décrypter les tendances, des conseils d’experts pour agir : visionnez le webinaire Retards de paiement : protéger sa croissance dans un environnement plus risqué organisé par Coface x Les Echos Etudes
- Evolutions, réalités terrain, signaux à surveiller : téléchargez le Baromètre Délais de paiement 2026 de Coface et accédez à l’analyse complète des comportements de paiement en France.
- De la maîtrise du risque à la croissance : téléchargez l’étude mondiale de Coface et accédez à la feuille de route Open Advantage et ses 5 stratégies pour faire du risque un levier de croissance.
*Enquête de paiement France 2026 : grande enquête annuelle sur le comportement de paiement des entreprises, réalisée en France en juin & juillet 2026 par Coface et Les Echos Etudes auprès de 690 dirigeants et décideurs.








