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Agroalimentaire

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Europe de l'Ouest
Changer de secteur

Forces

  • Forte demande des pays émergents (notamment la Chine et l’Inde)
  • Développement du marché bio dans les économies avancées

Faiblesses

  • Secteur très dépendant des aléas climatiques et biologiques
  • Secteur au cœur des tensions protectionnistes
  • Volatilité des cours des matières premières agricoles

Appréciation du risque

Synthèse de l’appréciation du risque

Le secteur agroalimentaire mondial est l’un des secteurs au cœur des tensions protectionnistes, vulnérables aux aléas climatiques et aux risques biologiques. Coface s’attend à ce que les principaux facteurs de risques que le secteur a connus en 2019 se poursuivent cette année.

 

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine accorde en effet une place très importante aux produits agricoles, notamment le soja ; au travers des mesures de représailles de la Chine envers les États-Unis. Cela a contribué à alimenter une forte volatilité des cours des matières premières agricoles, tout en exerçant des pressions à la baisse sur les cours du soja.

 

Dans le même temps, les accords commerciaux de libre-échange octroient à ce secteur une place de premier rang, étant donné que, dans la majorité des cas, leurs dispositions incluent l’échange de produits agricoles. Cela a été le cas en 2019 pour un certain nombre d’accord tels que l’accord UE-Mercosur, l’accord commercial UE-Japon ou encore le CETA signé entre le Canada et l’Union européenne.

 

Coface s’attend également à ce que les risques biologiques, inhérents au secteur et récemment exacerbés par l’épidémie de la peste porcine africaine (PPA) ainsi que les conséquences de l’expansion de la chenille légionnaire d’automne, exercent des pressions à la baisse sur la production mondiale de produits agricoles cette année.

 

La Peste Porcine Africaine (PPA) qui continue de sévir en Asie – notamment en Chine – et, dans une moindre mesure, en Europe a un impact sur le marché mondial du porc étant donné que la Chine est le premier consommateur et producteur mondial.

 

Le marché biologique, principalement concentré dans l’Union européenne, aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Chine, est en pleine expansion. La demande de produits biologiques dans ces régions étant principalement motivée par les consommateurs par le souci de préserver leurs santés et par les préoccupations écologiques, étant donné que l’agriculture biologique limite ou n’utilise pas de pesticides. Le Parlement européen par exemple, défini l’absence de pesticide comme un critère de base de l’agriculture biologique. Par conséquent, elle devrait continuer sa croissance dans les prochaines années, malgré le ralentissement de l’économie mondiale attendu cette année. Longtemps considéré comme un marché de niche, le marché bio est devenu de plus en plus populaire, pour atteindre 90 milliards d’euros en 2017.

 

Agri-food FR
Analyse approfondie du secteur
La production de matières premières agricoles reste très dépendante des aléas climatiques

La production mondiale de blé devrait augmenter de 35 millions de tonnes et atteindre 766 millions de tonnes pour la saison 2019/2020 par rapport à la saison précédente. Cette augmentation significative est fortement liée à un effet de base, la récolte de la saison 2018/2019 ayant été particulièrement mauvaise (- 4,2 % par rapport à la saison 2017/2018) notamment à cause de baisse de production chez certains des plus gros producteurs : la Russie, l’Union européenne et l’Australie en raison de conditions climatiques défavorables. Cette augmentation de la production globale de blé devrait se répercuter à la baisse sur les prix.
La production de soja est prévue à la baisse pour la saison 2019/2020 : le Département américain de l’agriculture (USDA) prévoit une diminution de 5,8 % principalement causée par une moindre production américaine (- 20 %), liée à de mauvaises conditions climatiques. Cette baisse de la production causera une pression inflationniste sur les cours du soja, pression qui sera cependant compensée par l’impact de la PPA d’une part et par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, d’autre part.
La production mondiale de maïs est elle aussi prévue à la baisse pour la saison 2019/2020, principalement à cause d’une production plus faible aux États-Unis (- 5,3 %), liée à des conditions météorologiques défavorables.

Le secteur agroalimentaire est à la fois au cœur des tensions protectionnistes et un secteur clé dans les accords de libre-échange

Le marché du soja est particulièrement touché par les tensions commerciales en cours entre les États-Unis et la Chine. Empiriquement, les acteurs chinois ont arrêté d’importer du soja en provenance des États-Unis, découragés par la mesure de la Chine d’appliquer aux États-Unis des droits de douane à l’importation en 2018 : les importations chinoises de soja américain ont chuté de 99 % et 97 % respectivement au 4e trimestre (T4) 2018 et en janvier 2019 pour reprendre en février 2019. Le président Donald Trump a annoncé en octobre 2019 que la Chine allait importer entre 40 et 50 milliards USD de bien agricoles au titre de l’avancé de ses négociations avec cette dernière ; ce scénario semble improbable dans la mesure où ces montants sont bien plus élevés que les importations chinoises passées. En 2017, soit avant la guerre commerciale, la Chine a acheté 24 milliards USD de biens agricoles américains.

Le Brésil et l’Argentine, respectivement les 1er et 3e plus gros producteurs mondiaux de soja ont bénéficié de la baisse des exportations américaine vers la Chine, cette dernière s’étant tournée vers eux pour compenser la baisse des achats de soja américain. Le futur des marchés du soja américain, brésilien et argentin va donc en partie dépendre de l’évolution des relations commerciales entre la Chine et les États-Unis. Les tensions commerciales impactent également les situations financières des entreprises de négoce de matières premières agricoles. En conséquence, Louis Dreyfus Group, Cargil et ADM (Archer Daniel Midlands), les trois plus grosses entreprises de négoce de matières premières agricoles, ont enregistré une dégradation de leur résultat sur les trois premiers trimestres de 2019. Leur performance économique en 2020 dépendra grandement de l’évolution des relations commerciales entre la Chine et les États-Unis.

 

En octobre 2019, les États-Unis ont imposé des droits de douane sur 7,5 milliards USD d’importations en provenance de l’UE. Les droits de douane touchent principalement la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne en raison de subventions jugées illégales par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et s’appliqueront à hauteur de 25 % sur les biens agricoles dont le vin français et espagnol et le whisky écossais. Ces droits de douane pourraient avoir de sérieuses conséquences sur les producteurs agricoles des pays concernés dans la mesure où les États-Unis représentent un de leurs principaux acheteurs étrangers : en 2017 les États-Unis achetaient 22 % des exportations de whisky du Royaume Uni et 18 % des exportations françaises de vin.

Les différents traités et accords conclus l’année passée entre l’UE et le MERCOSUR, entre l’UE et le Japon, le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), entre l’UE et le Canada et entre les États-Unis et le Japon accordent tous une grande importance aux biens agricoles. Il faut cependant noter que ces accords sont parfois décriés par l’opinion publique, les producteurs locaux ne les soutenant pas forcément ; les potentielles conséquences néfastes sur l’environnement de ces accords sont aussi l’objet de critiques. Ces quatre accords impliquent la suppression des droits de douane sur les biens échangés entre les régions concernées, dans le but d’encourager le commerce entre ces régions. Les produits agricoles constituent un élément clé des accords commerciaux susmentionnés, en raison de l’importance de ces régions pour le marché agricole mondial.

 

La PPA et la chenille légionnaire d’automne sont les risques biologiques qui vont continuer de principalement impacter la production agricole mondiale en 2020

La peste porcine africaine (PPA) s’est déclarée en Europe et en Asie pendant l’été 2018. À ce stade, l’impact en Europe est limité – l’Allemagne, la France et l’Espagne, les trois plus gros producteurs de porcs en Europe, sont épargnés. L’Asie est beaucoup plus affectée par la maladie qui s’est répandue dans la région causant des ravages chez les producteurs de porc, tout particulièrement en Chine, qui représente 50 % de la production et de la consommation mondiale de porc. La PPA en Chine a plusieurs conséquences. La plus directe est l’augmentation des importations chinoises de porc en provenance de l’Union européenne, du Brésil et, malgré les droits de douane, des États-Unis. Cette augmentation de la demande chinoise a entraîné une très forte hausse des prix du porc (+ 51 % en septembre 2019 en glissement annuel, après désaisonnalisation). La hausse des prix du porc a poussé certains consommateurs chinois à s’orienter vers d’autres viandes. Cela s’est traduit par une augmentation de la demande extérieure de bœuf et de poulet dont profitent le Brésil, l’Argentine et l’Union européenne (le Brésil est le 1er exportateur de bœuf et de poulet, l’Union européenne le 3e exportateur de bœuf et le 2e exportateur de poulet, l’Argentine est le 4e exportateur de bœuf). La diminution du cheptel porcin chinois entraîne une moindre demande de soja, ce dernier étant principalement utilisé pour nourrir les porcs. Selon l’USDA, le marché du porc en Chine ne devrait pas se rétablir en 2020 : la production devrait chuter de 25 % par rapport à 2019, les importations de bœuf, de poulet et de porc devraient augmenter de 21 %, 20 % et 35 % respectivement.

 

En plus de la PPA, l’expansion de la chenille légionnaire d’automne (FAW pour Fall Armyworm) constitue l’un des risques biologiques majeurs pour le secteur agro-alimentaire mondial. La FAW est une chenille qui se nourrit principalement de maïs, mais aussi de riz, de sorgho et de coton, entre autres. Elle a été détectée pour la première fois en Afrique de l’Ouest début 2016. Fin 2018, elle s’était répandue dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne et en Asie. La FAW a aujourd’hui atteint plusieurs pays asiatiques, dont le Vietnam, le Myanmar, le Bangladesh, l’Indonésie, Taïwan et la Chine, et est susceptible de s’étendre à d’autres pays asiatiques. La Chine est le deuxième plus grand producteur mondial de maïs, la présence de la FAW pourrait donc conduire à des pressions inflationnistes sur les prix mondiaux du maïs.

 

Dernière mise à jour : février 2020

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