Textile-Habillement

Asie-Pacifique
Risque élevé
Europe centrale et de l'est
Risque très élevé
Amérique Latine
Risque très élevé
Moyen-orient et Turquie
Risque élevé
Amérique du Nord
Risque très élevé
Europe de l'Ouest
Risque très élevé

Résumé

Points forts

  • Accroissement de la classe moyenne dans les pays émergents
  • Développement du fast fashion

Points faibles

  • Produits caractérisés par une forte élasticité-prix de la demande
  • Secteur très impacté par la crise sanitaire liée à la COVID-19 et par les goulots d’étranglement des chaînes d’approvisionnement
  • Structure des prix très sensible aux variations des cours matières premières
  • Produits caractérisés par une forte élasticité-prix de la demande

Evaluation des risques sectoriels

Le secteur du textile-habillement est composé de deux branches : le textile d’une part et l’habillement d’autre part. Bien que ces deux branches soient liées, elles sont soumises à des contraintes et des mécanismes différents. Le textile fournit les intrants au marché de l’habillement, principalement le coton pour les fibres naturelles, et le polyester pour les fibres synthétiques.

Le secteur du textile-habillement, en difficulté depuis une dizaine d'années, tente de se redresser de la pandémie de la COVID-19 qui a fortement impacté le secteur. Si la demande mondiale a enregistré un rebond marqué en 2021, l'industrie pourrait être confrontée à de nouveaux défis liés à la perturbation des chaînes d'approvisionnement, à l'augmentation des coûts de transport et de production, qui pourraient compromettre la croissance du secteur.

Au début de la pandémie, le secteur a souffert d'une baisse de l'offre (en raison de la fermeture des magasins) et d'une faible demande des consommateurs, ce qui s’est traduit par une baisse des revenus pour les marques et les magasins, qui ont été contraints de réduire, de reporter ou d’annuler les commandes de vêtements dans l’industrie textile, entraînant une réduction ou une annulation totale des importations de fibres textiles telles que le coton. Avec l'assouplissement des restrictions et l'augmentation du taux de vaccination de la population, la croissance économique a fait augmenter les dépenses de consommation. Les effets ont été très perceptibles en termes de prix du coton : alors que la livre de coton s'échangeait à 0,71 USD le 9 janvier 2020, le prix a atteint 1,04 début décembre 2021, ce qui a constitué un record pour ces dix dernières années. Selon le Département australien de l’agriculture (ABARES), la demande de coton sera supérieure à l'offre, ce qui entraînera une hausse des prix au cours de la saison 2021-2022 (de 14 %, selon l'ABARES), par rapport à la saison 2020-2021.

La pandémie a eu de fortes répercussions sur l'industrie : ce déséquilibre de l'offre et de la demande a entraîné une détérioration de la trésorerie des entreprises du secteur, des pertes d'emplois, voire des faillites, dont celle du groupe britannique Oasis and Warehouse en avril 2020. La société de conseil McKinsey estime qu'environ 7% des entreprises cotées en bourse ont quitté le marché de janvier 2021 à septembre 2021, un taux trois ou quatre fois plus élevé que d'habitude.

La reprise est très inégale et profite surtout aux entreprises qui se sont adaptées aux nouvelles habitudes de consommation. Certaines tendances observées avant la crise ont été exacerbées par les mesures prises pour contrer la pandémie, comme les fermetures de points de vente physiques. Les entreprises qui ont réussi à s'adapter en collaborant avec des sociétés spécialisées dans la vente en ligne ou en développant ces services en interne pour leurs clients seront les moins impactées par la crise, car les mesures de confinement ont entraîné un développement considérable du commerce électronique, et ont renforcé une tendance déjà amorcée avant la crise. En 2018, les ventes mondiales en ligne de vêtements et de chaussures représentaient 16 % des ventes totales, contre 10 % en 2012. L'essor du e-commerce s'est accompagné d'un déplacement de la demande de l'Europe et des États-Unis vers l'Asie-Pacifique, où ont lieu 62,6 % des ventes en ligne.

Perspectives économiques du secteur

Effets de la COVID-19 et perspectives à court et moyen terme

Le marché de l'habillement est très sensible à l'évolution de la conjoncture économique. Selon la Coface, le PIB mondial a rebondi de 5,5% en 2021 et devrait croître de 4,1% en 2022. Les principaux marchés consommateurs de vêtements, notamment les économies développées et la Chine, ont enregistré une reprise de leur activité économique en 2021 (5% contre -4,7% en 2020 pour les économies développées et 7,5% contre 2,3% pour la Chine). Si les économies connaissent encore des mesures restrictives et des confinements, la plupart des pays développés ont connu une croissance supérieure à leur niveau pré-pandémique en 2021. Le secteur du textile-habillement bénéficie de ce rebond : McKinsey prévoit une croissance des revenus de l'industrie mondiale de l'habillement et de la chaussure, le luxe en tête avec une croissance de 16%. En 2022, une nouvelle reprise de la confiance des consommateurs stimulera l'augmentation des dépenses, mais elle sera probablement inégale, le marché européen étant à la traîne par rapport à celui des États-Unis et de la Chine. La réouverture de magasins physiques profite au secteur, car les ventes en ligne n'ont pas pu compenser les pertes provoquées par les fermetures en 2020, les ventes ayant diminué de 15 à 20 % en Chine, de 5 à 20 % en Europe et de 30 à 40 % aux États-Unis, selon McKinsey, au cours de l'année 2020. Globalement, McKinsey prévoit que les ventes de l'industrie de la mode en 2022 dépasseront les niveaux d’avant-crise.

Le secteur du textile-habillement est fortement mondialisé. Le secteur a tout d’abord été touché par la perturbation des chaînes d'approvisionnement à cause de la pandémie. Lors du rebond, l’insuffisance des capacités de transport a contribué à l’augmentation des frais de transport, et cette augmentation devrait persister au début de l'année 2022. Cela affecte les coûts d'exploitation des entreprises de textile-habillement et les consommateurs pourraient subir une augmentation des prix en 2022.

De fortes incertitudes entourent l'évolution de la pandémie et l'apparition de nouveaux variants (au moment de la rédaction du présent rapport, la dernière en date est le variant Omicron) qui pourraient entraîner une nouvelle série de restrictions et la fermeture de magasins de vêtements, ce qui freinerait la reprise du secteur.

Prévisions de production, de consommation de coton et évolution des prix du coton

ABARES prévoit une augmentation de la consommation mondiale du coton de 5 % sur la période 2021-2022, dépassant ainsi l’offre mondiale. Par conséquent, les niveaux de stocks mondiaux continueront de baisser, atteignant les niveaux les plus bas depuis 2018-2019, et le prix moyen des produits de base atteindra des valeurs record pour ces dix dernières années. ABARES prévoit un prix moyen de 0,95 USD par livre pour 2021-2022, soit une hausse de 14 % par rapport à la saison précédente. Cette hausse des prix serait une menace pour les entreprises de l'habillement, dont les consommateurs sont très sensibles à la hausse des prix. Ces entreprises devraient alors réduire leurs marges pour absorber l'augmentation des coûts.

La production de coton devrait fortement rebondir dans les principaux pays exportateurs de coton, les États-Unis et le Brésil, en raison de conditions météorologiques plus favorables lors de la prochaine saison. La production devrait par contre diminuer en Chine et en Inde, principalement en raison de la sécheresse, selon ABARES.

Augmentation de l’utilisation des fibres synthétiques par rapport aux fibres naturelles

Le secteur du textile-habillement évolue sous l’effet de différents facteurs. Le premier facteur est l’utilisation grandissante par les acteurs du marché des fibres synthétiques (principalement le polyester) au détriment des fibres naturelles telles que le coton. Le polyester présente en effet plusieurs avantages par rapport au coton : sa production nécessite moins d’eau que le coton et pas de pesticides. Il est également plus facile à manipuler et à mélanger avec d’autres fibres. De surcroît, sa production est moins soumise aux aléas climatiques. Les prix actuels du pétrole favorisent les fibres naturelles, mais les incitations à remplacer le coton et la laine par ces fibres synthétiques sont considérables. Dans le même temps, les fibres naturelles écologiques connaissent un développement important, poussées par les préoccupations environnementales grandissantes des consommateurs.

Relocalisation d’usines de produits textiles vers les pays à bas coûts

La production de textile, notamment celle à faible valeur ajoutée, se déplace de la Chine (qui domine actuellement la production mondiale de textile) vers d’autres pays dont les coûts de production sont plus faibles, notamment le Vietnam, l’Inde et le Bangladesh ou encore l’Éthiopie. La part de la Chine dans les exportations mondiales de textile est passée de 38,3% à 29,1% entre 2015 et 2020 d’après Fitch Solutions. Cette tendance, récemment exacerbée par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, devrait se poursuivre parallèlement à l’augmentation des salaires chinois, qui a pour effet d’augmenter les coûts de production. Les industries du textile, qui changent de collections très régulièrement, sont incitées à implanter des usines dans des pays où les salaires sont plus faibles. D’après une étude de l’université de New-York, le salaire mensuel minimum en Éthiopie est de 26 USD contre 326 USD en Chine en 2019. Pendant la pandémie, les perturbations des chaînes d'approvisionnement ont également incité certaines entreprises européennes à délocaliser la fabrication de produits textiles de la Chine vers la Turquie et l'Europe de l'Est.

La demande se déplace de l’Europe et des États-Unis vers l’Asie

À mesure que croît la demande d’habillement en Asie, notamment en Chine, l’importance de l’Europe et de l’Amérique du Nord dans ce secteur diminue. Ainsi, les ventes de produits d’habillement réalisées en dehors d’Amérique du Nord et d’Europe ont égalé en 2018 les ventes de ces régions et devraient atteindre 55 % du total des ventes mondiales de produits d’habillement en 2025. La région Asie-Pacifique (Vietnam, Philippines, Indonésie, Malaisie, Thaïlande et Singapour) est très attractive pour le secteur de l’habillement, notamment grâce à la part importante de sa population jeune pour laquelle le digital occupe une place importante et grandissante. Les trois plus grands sites de e-commerce de cette région (Lazada, Shopee et Tokopedia) ont vu la valeur brute de leurs ventes de marchandises se multiplier par 7 entre 2015 et 2018.

L'industrie du luxe a également été touchée par ces bouleversements. La Chine a enregistré le plus fort rebond du secteur du luxe, et cette croissance profite surtout à ses entreprises nationales, car les restrictions de voyage pèsent sur la demande chinoise de produits de luxe européens. Une autre transformation importante qui s'opère sur le marché de l'habillement est la montée en puissance du concept de la « fast fashion », notamment dans les économies développées et en Chine. Ce terme désigne une stratégie utilisée par les marques qui consiste à changer très rapidement leurs collections de vêtements afin de stimuler et d'augmenter la fréquence d’achat des consommateurs. Une conséquence directe de cette évolution est la réduction de la durée de vie des vêtements, qui sont désormais conservés deux fois moins longtemps qu'il y a dix ans.

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