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Europe de l'Ouest
Changer de secteur

Forces

  • Période d’innovation sans précédent dans le secteur
  • Les constructeurs automobiles comptent parmi les plus gros investisseurs en R&D dans le monde

Faiblesses

  • Fortement impactée par la crise liée au Covid-19
  • Baisse structurelle des ventes et des immatriculations dans tous les marchés mondiaux
  • Détérioration du risque de crédit dans plusieurs régions du monde, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni
  • Des normes anti-pollution de plus en plus contraignantes nécessitant de lourds investissements
  • De fortes incertitudes sur la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’automobile dues notamment aux effets d’entraînement de la guerre commerciale
  • La hausse du prix des pièces automobiles et équipements affecte les marges

Appréciation du risque

Synthèse de l’appréciation du risque

Le secteur automobile mondial pâtit fortement de la crise sanitaire. L’offre est réduite en raison des conséquences de la fermeture d’une partie des usines partout dans le monde au premier semestre. Pour sa part, la demande est impactée, par un moindre ‘appétit’ des consommateurs pour ce type de biens durables, en période d’incertitudes économiques liées aux conséquences de la crise sanitaire. Les immatriculations et la production de véhicules s’effondrent. Au niveau mondial, les ventes de voitures se sont contractées de 39% en mars 2020 en glissement annuel. La production de véhicules a baissé de 24% au premier trimestre (T1) 2020 par rapport au T1 2019 et devrait se contracter de 21,2% en 2020 selon une étude de IHS Markit.

La croissance économique devrait repartir en 2021, après une contraction du PIB sans précédent en 2020. En effet, selon Coface, le PIB mondial devrait se contracter de 4,4% en 2020 et rebondir de 5,1% en 2021.Cependant, même si les ventes du secteur commencent à se redresser, elles ne devraient pouvoir combler les pertes du 1er semestre 2020. Une reprise progressive est en effet observable au T2 2020, notamment en Europe et en Asie. Cependant les perspectives du secteur automobile sur le continent américain, plus particulièrement aux Etats-Unis, un autre marché mondial important, restent plus incertaines compte tenu du fait que la pandémie y reste mal maitrisée en comparaison, par exemple, les régions ci – avant mentionnées qui constituent également d’importants marchés pour le secteur automobile.

Par ailleurs, le secteur est toujours en pleine transformation avec le développement de l’électrique et des régulations de plus en plus contraignantes concernant les émissions de CO2 notamment. L’industrie automobile continue de se reconfigurer avec la montée en puissance de l’e-mobilité, et l’émergence de nouveaux acteurs sur le segment des véhicules électriques et de la voiture autonome. Les constructeurs automobiles traditionnels continuent d’établir de nouveaux partenariats pour faire face à ces nouveaux défis.

Analyse approfondie du secteur
D’un point de vue conjoncturel, le secteur automobile souffre à la fois de la crise économique mondiale et de la crise du Covid-19, faisant face à un double choc d’offre et de demande. Ces chocs sont massifs et affectent fortement l’industrie

Les mesures de confinement drastiques dans l’ensemble dans une majeure partie du monde ont entrainé dans le premier semestre de l’année, la fermeture des usines et concessions et donc l’arrêt brutal du secteur. En effet, la production de voitures s’étant arrêtée abruptement, le nombre de véhicules produits s’effondre. D’un point de vue global, on observe une reprise graduelle et inégale au T2 2020 en Asie et Europe de l’Ouest. Ainsi, l’assouplissement des mesures de confinement ou le retrait de ces mesures en fonction des cas, ont permis aux usines de rouvrir, et la demande repart à la hausse. En ce qui concerne les États-Unis, les perspectives du secteur automobile sont plus incertaines car la crise sanitaire liée au Covid-19 depuis son démarrage apparait mal maitrisé.

En Chine, la baisse des ventes a été de 42% au T1 2020 en comparaison au T1 2019. La production a également fortement diminué, avec une baisse de 83% en février 2020 en glissement annuel. Les usines de production ont pu rouvrir graduellement en mars, avec l’assouplissement des mesures de confinement, et la moitié des usines auraient retrouvées leurs capacités complètes de production durant le second trimestre. Cependant, la production a dû s’adapter aux stocks disponibles ainsi qu’à la demande en baisse.

Le nombre d’immatriculations en Europe a baissé d’environ 26,5% au T1 2020 comparé à la même période en 2019. En France, selon le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles (CCFA), le nombre de commandes de véhicules particuliers a baissé de 50,4% en mars 2020 en glissement annuel. En ce qui concerne les véhicules utilitaires légers, on observe une chute de 91% en avril 2020 en glissement annuel. L’Allemagne et l’Espagne, les deux principaux pays producteurs en Europe, enregistrent une baisse de production de voitures de 97% en avril 2020 comparé à avril 2019.

Aux États-Unis, les ventes de véhicules légers sont en baisse de 13% au T1 2020. Elle est, de fait, moins conséquente qu’en Chine et en Europe en raison de l’arrivée plus tardive de la pandémie ainsi qu’aux mesures de confinement moins drastiques. Cependant, durant le premier semestre de 2020, Les États-Unis enregistrent une baisse des ventes de 23,1% selon la National Automobile Dealers Association (NADA). En ce qui concerne l’assemblage automobile, les États-Unis enregistrent une baisse de 99% en avril 2020 vis-à-vis d’avril 2019.

Par ailleurs, le secteur demeure en pleine transformation. En effet, l’environnement institutionnel pousse les constructeurs et équipementiers à développer des motorisations électriques. Avant la crise du Covid-19, de nouvelles régulations et normes sur les véhicules polluants avaient été amorcées. Certains constructeurs automobiles ont demandé un assouplissement des réglementations qui sont entrées en vigueur en 2020 en Europe, en vue du contexte sanitaire. Du côté des institutions européennes, il semble que repousser ces nouvelles règles à 2021 ne puisse être envisageable au regard de l’urgence environnementale. De ce fait, les segments hybride et électrique du secteur automobile sont les plus susceptibles de se redresser rapidement car ils bénéficient d’aides publiques, notamment eu Europe, en Chine et aux États-Unis.

Le rythme de la reprise du secteur diffère d’une région à une autre mais reste difficile dans tous les marchés

En ce qui concerne l’Asie, la reprise est en cours mais ne semble pas vigoureuse, exceptée pour la Chine (7,5% de croissance économique prévu par Coface pour 2021 contre 1% en 2020). En effet, en Chine, la peur de prendre les transports publics en raison de la pandémie a pu avoir un impact sur la volonté des ménages de s’équiper d’une voiture. Afin de relancer le secteur, les autorités publiques ont mis en place différentes incitations. Par exemple, au niveau local, 10 villes accordent une subvention pour les véhicules à énergie nouvelle vendus entre mars et décembre 2020. Au niveau national, le gouvernement a prolongé son plan d’aide financière pour l’achat de voiture électriques jusqu’en 2022.

En ce qui concerne la zone euro, l’activité économique devrait se contracter de 9,7% en 2020 ce qui révèle le faible niveau de la consommation des ménages. Une reprise de l’activité en 2021 est attendue, avec une croissance économique anticipée à 7,7% par Coface. Cependant, le secteur amorce une reprise graduelle, un peu plus tardive qu’en Asie due aux mesures de confinement qui se sont étendues jusqu’en mai. Les indicateurs conjoncturels sont encore en deçà de leurs niveaux pré-Covid, mais la production et la demande commencent à se redresser. Ainsi, les immatriculations en France, par exemple, ont repris, en hausse de 1,2% en données brut en juin 2020 par rapport à juin 2019, ceci en partie grâce aux aides à l’achat mises en place par l’État. Cependant, en Italie, Espagne et Allemagne la reprise se révèle plus difficile. Par exemple, en Italie, les immatriculations ont baissé de 23,1% en juin 2020 comparé à juin 2019. Le Royaume-Uni est également en grande difficulté puisque les immatriculations ont baissé d’environ 35% en juin 2020 en glissement annuel. Le secteur avait déjà été fortement affecté à l’issue du référendum de sortie de l’Union européenne en 2016. Ainsi, les constructeurs étrangers ont menacé de fermer les usines qui se trouvent au Royaume-Uni en raison des désavantages liés à l’augmentation des tarifs douaniers. Certains ont déjà mis leurs menaces à exécution comme par exemple, Ford ou Honda.

Le continent américain reste l’une des principales régions du monde où le nombre de cas par jours n’a pas cessé d’augmenter, les niveaux d’infection restent très élevés, avec une gestion de la crise mal maitrisée, au moment où cette étude est réalisée. Cependant, les ventes de véhicules légers restent relativement résilientes et ne se sont pas effondrées comme en Chine ou en Europe par exemple. Les concessionnaires continuent de vendre les voitures à des prix réduits, via des déductions pouvant avoisiner jusqu’à USD 4.000 dollars par véhicule en moyenne. De plus, certaines usines sont encore fermées et d’autres n’ont pas retrouvé la totalité de leur capacité de production. D’un point de vue structurel, le secteur automobile, à un niveau mondial, est en pleine mutation. Cette dernière est principalement liée à une transition vers le déclin des motorisations thermiques au profit de l’électrique. Coface s’attend à ce que cette reconfiguration du secteur se poursuivre dans le moyen et long terme. La montée en puissance de l’e-mobilité est principalement liée à l’arrivée de nouveaux acteurs tels que Tesla, constructeur de véhicules électriques, parmi les leaders au niveau mondial. Face à cette tendance, l’intégralité du secteur automobile engagent de lourds investissements en Recherche & Développement et étoffent les gammes de véhicules électriques, afin de rivaliser avec ces nouveaux acteurs.

La crise liée au Covid-19 devrait contribuer à accélérer la reconfiguration du secteur. En effet, le e-commerce et la numérisation de l’économie en général, se sont fortement développés durant la crise sanitaire, ce qui a fait émerger de nouveaux modes de consommation. Une réorganisation des canaux de distribution est notable dans le secteur automobile. Par exemple, Tesla a adopté sa stratégie de ventes en fermant ses points de ventes physiques afin de se concentrer sur la vente en ligne. Ceci a un double objectif : s’adapter aux attentes des consommateurs et faire des économies pour maintenir la stabilité financière dans le contexte de la crise économique liée au Covid-19. Cette situation pourrait accroître l’intérêt des constructeurs traditionnels à établir des partenariats pour baisser les coûts. C’est par exemple le cas de Ford et Volkswagen, afin de produire conjointement 8 millions de véhicules utilitaires. On peut également voir apparaitre des partenariats entre constructeurs automobiles et entreprises de services technologiques. Par exemple Google et Renault s’associent pour améliorer les processus industriels de ce dernier.

Les acteurs du secteur automobile doivent d’adapter à un contexte de réglementations accru contre la pollution et le réchauffement climatique, qui deviennent plus contraignanteS

Ces mesures obligent les constructeurs à engager de lourds investissements pour se conformer aux normes. En Europe, la nouvelle norme CO2 effective depuis janvier 2020 vise à limiter le nombre de véhicules polluants vendus. Les constructeurs automobiles non-conformes seront sanctionnés d’une amende si leur flotte de véhicules vendus émet plus d’un certain seuil prédéfini de CO2. Bien qu’il existe une tendance naturelle à converger sur l’adoption de normes anti-pollution des principaux marchés automobiles, la question de l’homogénéité des normes entre principaux marchés reste à surveiller au regard du risque de segmentation. Aux États-Unis, le clivage juridique entre l’État de Californie et le gouvernement fédéral américain sur le « Clean Air Act » illustre bien ce risque de fragmentation. La Californie bénéficiait d’une dérogation depuis la présidence Obama pour fixer elle-même ses normes anti-pollution.  L’administration Trump a révoqué cette dernière, mais la Californie, soutenue par 13 autres États, a décidé de contester légalement cette révocation. Cette bataille juridique offre peu de visibilité aux constructeurs et équipementiers automobiles, notamment en matière de décisions d’investissement.

 

Note de lecture: Le segment « e-mobilité » dans le secteur automobile rassemble les véhicules totalement électriques, les hybrides électriques ainsi que les véhicules à hydrogène.

 

Dernière mise à jour : février 2020

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