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Chimie

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Changer de secteur

Forces

  • Prix des principaux intrants demeurent bas historiquement
  • L’activité des entreprises de la chimie de spécialité bénéficie de la lutte contre le risque environnemental
  • Chimie de spécialité moins vulnérable aux évolutions du cycle économique

Faiblesses

  • Pétrochimie fortement dépendante des évolutions du cycle économique
  • Surcapacité dans certains segments en Chine
  • Augmentation des capacités de production dans l’éthylène et ses dérivés
  • Environnement réglementaire plus strict entraînant une refonte du modèle économique des producteurs
  • Risque juridique issu des effets de certains produits chimiques sur la santé humaine

Appréciation du risque

Synthèse de l’appréciation du risque

Le secteur de la chimie, de par son caractère procyclique, subit de plein fouet le ralentissement économique mondial. En effet, ses « secteurs clients » tels que l’automobile et dans une moindre mesure la construction, voient leur activité décliner. Le protectionnisme, l’environnement réglementaire plus contraignant en raison des préoccupations liées à la défense de l’environnement sont d’autant de défis à relever pour une industrie dont les marges nettes ont chuté au T2 2019 de 29 points de base par rapport à la même date en 2018. En outre, l’accroissement de l’offre, au travers de la construction et de l’ouverture d’usines pétrochimique géantes aux États-Unis, en Chine, en Inde et surtout dans la péninsule arabique, exercera une pression à la baisse sur les prix de certains produits, en particulier l’éthylène et ses dérivés. Les normes qui s’appliquent désormais aux acteurs du secteur vont durablement modifier leurs processus de production dans les années à venir. En outre, Coface anticipe que cette industrie pourrait faire face à des actions en justice, comme celles qui ont visé l’industrie du tabac ou celles en cours dans le secteur pharmaceutique avec le scandale des opioïdes, dont l’issue serait des accords financiers avec certaines juridictions aux États-Unis afin d’éviter de trop lourdes condamnations.

Chemicals FR
Analyse approfondie du secteur
Le secteur de la chimie pâtit du ralentissement de l’économie mondiale et de l’environnement protectionniste malgré plusieurs projets d’envergure

Coface s’attend à un ralentissement de la croissance économique mondiale de 2,5 % à 2,4 % entre 2019 et 2020. Les indicateurs manufacturiers mondiaux sont également orientés à la baisse, du fait de l’augmentation de l’incertitude politique, les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, qui pèsent sur la dynamique du commerce mondial. Cette guerre commerciale, avec son lot d’augmentation mutuelle des droits de douane, affecte certains produits chimiques ou dérivés et aussi les perspectives du secteur. La Chine a en effet quasiment fermé son marché aux produits chimiques américains. Ceci a notamment eu pour conséquence une évolution dans les routes d’exportations américaines de polyéthylène de la Chine vers des pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est. La Chine quant à elle s’est approvisionnée en partie chez des producteurs du golfe arabo-persique.

 

Cependant, la guerre commerciale n’explique pas à elle seule la réduction de l’activité attendue dans la chimie au niveau mondial cette année. Il convient d’y ajouter les contrecoups des difficultés de ses « secteurs clients » ; étant donné que les produits chimiques se trouvent en amont de leurs processus de production ; comme cela est par exemple le cas pour l’automobile et la construction. Ces derniers font face à diverses difficultés. Elles incluent le fait que certains de leurs marchés arrivent à maturité, comme c’est le cas pour le secteur automobile. Les immatriculations et ventes de véhicules sont en effet en retrait sur les principaux marchés, ce qui affecte les ventes des entreprises pétrochimiques et celles de la plasturgie. La baisse de l’activité dans ce secteur réduit les commandes de produits chimiques tels les plastiques, les mousses, les câbles et flexibles, les textiles techniques pour les intérieurs, etc. Ces secteurs clients du secteur de la chimie étant eux-mêmes pro-cycliques, ils sont directement impactés par le ralentissement de l’économie mondiale. Pour sa part, le secteur de la construction devrait croître à un rythme plus faible que celui observé jusqu’alors dans l’ensemble ; malgré les politiques accommodantes mises en place par les principales banques centrales visant à soutenir l’activité dans le secteur, en particulier aux États-Unis.

Lancés il y a plusieurs années, plusieurs projets d’envergure de construction d’usines de produits pétrochimiques sont en cours, afin de développer leurs activités dans des régions où la matière première est abondante. C’est le cas aux États-Unis, dans le golfe arabo-persique et en Asie. Ces usines vont accroître les capacités de production des acteurs des régions. Les États-Unis disposent d’un avantage comparatif sur plusieurs pays du fait de l’abondance d’hydrocarbures de schiste dans plusieurs bassins dans l’Ouest du pays et au Texas. Ils sont devenus un des plus grands producteurs et exportateurs d’éthane, un dérivé du gaz naturel et du gaz de pétrole liquéfié, qui entre notamment dans la production d’emballages plastiques en éthylène.

Les acteurs du secteur doivent faire face à environnement réglementaire plus contraignant

À l’instar de plusieurs secteurs, la chimie fait en effet face à des normes plus contraignantes. Ces régulations qui visent à limiter le risque environnemental issu du processus de production des produits chimiques en lui-même ou des produits chimiques finaux, participent à l’augmentation des coûts. Plusieurs domaines sont concernés ; de la sécurité des travailleurs dans les usines, aux effets sur le climat ou les ressources naturelles. Les gouvernements de nombreux pays (économies avancées et émergentes) portent une attention particulière aux considérations environnementales au regard des préoccupations grandissantes des opinions publiques en la matière, par rapport à la lutte contre le changement climatique ainsi qu’aux considérations en matière de santé publique. Elles réclament en effet des entreprises du secteur des changements des modèles de production.

 

Cette évolution des consommateurs et des opinions publiques a conduit les actionnaires à exercer une pression sur les directions, pour se conformer aux évolutions normatives et sociétales en cours. Dans ce même mouvement, la question du recyclage présente un risque pour le secteur au regard de la prise de conscience grandissante des citoyens à travers le monde de son utilité, suite, notamment, à la médiatisation des conséquences de l’ingestion de micro-plastiques par des animaux marins par exemple. Coface s’attend à ce que l’expansion de l’usage des pratiques de recyclage accentue la baisse de la production chimique dans les années à venir, dans plusieurs pays développés et émergents. Déjà, de nombreux pays ont adopté des législations réduisant l’utilisation de sacs en plastique et l’adoption de telles pratiques au niveau mondial ; ce qui devrait réduire une partie de l’offre, notamment dans les plastiques à faible valeur ajoutée.

 

Le segment de la pétrochimie cumule les difficultés

La pétrochimie avait été un des segments profitant le plus de la reprise économique mondiale en 2016 et 2017. Elle doit désormais faire face à de nombreux risques qui ne cessent de s’amonceler. Certains d’entre eux sont d’ordre conjoncturel ; d’autres touchent à la structure même du secteur et affectent déjà ses perspectives économiques.

 

Ainsi, comme bien d’autres secteurs, le segment pétrochimie souffre de l’environnement protectionniste avec la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine notamment. Les mesures de représailles de la Chine visant la pétrochimie particulièrement, ont conduit cette dernière à totalement fermer son marché aux produits pétrochimiques américains. Par conséquent, les producteurs américains sont contraints de chercher de nouveaux marchés. Plus généralement, les producteurs mondiaux du secteur sont contraints de reconfigurer leurs opérations, dans un contexte de coûts de transport maritime qui augmentent.

Par ailleurs, l’ouverture d’usines géantes en Chine et dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est exerce une pression à la baisse sur les cours des produits chimiques, alors que la demande n’est plus aussi dynamique. Par conséquent, les marges des entreprises sont sévèrement affectées notamment en ce qui concerne des produits tels que le paraxylène, utilisé notamment dans la production de solvant et de plastiques. Ainsi, les cours mensuel moyen du paraxylène ont chuté de près de 40 % en septembre 2019 en rythme annuel, entraînant les marges vers des territoires négatifs ; certains producteurs seront enclins à limiter leur production afin de les restaurer. D’autres matières premières chimiques présentent les mêmes tendances telles que le monoéthylène glycol, le méthanol, ou encore le propylène. Ces produits sont en situation de surcapacité, ce qui exerce et également une pression à la baisse sur les cours ; ce qui in fine contribuera à réduire les marges des principaux producteurs. Les cours du naphta et de l’éthane, connaissent également une forte volatilité depuis l’année 2018 ; du fait en particulier de l’incertitude liée à la politique commerciale américaine, et de son impact sur les cours du pétrole. En effet, le naphta est un résidu du pétrole brut et les cours de l’éthane sont corrélés à ce dernier. Cette volatilité entraîne une perte de compétitivité pour les entreprises du secteur, qui doivent en outre se couvrir financièrement contre la volatilité cours des intrants ci-avant cités (naphta, éthane).

En outre, les acteurs de la pétrochimie doivent aussi faire face aux difficultés de certains clients comme les entreprises de l’industrie du pétrole et du gaz. Cette industrie présente en effet des difficultés, en particulier les entreprises parapétrolières et celles opérant dans le segment des hydrocarbures de schiste car les entreprises productrices de pétrole investissent moins et sont plus restrictives en termes de politique tarifaire. Les entreprises parapétrolières mondiales voient en effet leur marge nette atteindre 0,74 % au second trimestre de 2019, en hausse par rapport à 2018 (- 2,5 %). Malgré la légère hausse, ce niveau de marge est très faible et indique plus une fragilisation de ce segment plutôt qu’une réelle embellie.

Le segment de la chimie de spécialité davantage résilient malgré des défis

Le sous-segment des arômes, parfums et ingrédients cosmétiques quant à lui est robuste. D’un point de vue structurel, les produits de ce segment sont difficiles « à copier », ce qui limite le développement d’une concurrence sévère pour les acteurs existants. En effet, la mise sur le marché de ces produits implique un effort continu et coûteux d’investissement en recherche et développement durant plusieurs années. Un autre facteur qui prémunit les entreprises de la chimie de spécialité de la concurrence est l’expertise qu’elles ont développée au cours du temps dans une activité où les goûts des consommateurs finaux sont en perpétuelles mutations. Elles développent également des produits type filtres d’émissions de particules, qui leur offrent des perspectives positives dans le contexte de lutte contre les risques environnementaux. Par conséquent, elles continuent de s’assurer de marges confortables, autour de 22 % à fin 2018, selon Grace Matthews. À l’instar de la pétrochimie, le segment des peintures fait néanmoins face aux difficultés du secteur de la construction et de certains domaines de l’industrie tels les pétroles et gaz et le transport maritime.

 

Notes de lecture :

  • Marge nette : ratio des profits sur le chiffre d’affaires.
  • Profitabilité : EBE sur Chiffre d’affaires.

 

Dernière mise à jour : février 2020

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