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Pharmacie

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Pharmaceutique
Asie-Pacifique
Europe centrale et de l'est
Amérique Latine
Moy-Orient & Turquie
Amérique du Nord
Europe de l'Ouest
Changer de secteur

Forces

  • Forte profitabilité des laboratoires pharmaceutiques et des entreprises biopharmaceutiques
  • Forte capacité à innover, en lien avec une demande des autorités ainsi que des patients et de leur famille
  • Développement de système d’assurance-maladie dans les émergents afin de faire face aux maladies liées à la sédentarité et à une alimentation plus riche
  • Soutien des pouvoirs publics

Faiblesses

  • Concurrence accrue des génériqueurs
  • Pression des payeurs pour baisser les prix des médicaments
  • Plus grande vigilance des régulateurs concernant l’impact, en termes de santé, des nouvelles thérapies
  • Endettement en hausse en raison d’un besoin d’enrichissement de l’offre

Appréciation du risque

Synthèse de l’appréciation du risque

Le secteur pharmaceutique enregistre des tendances contrastées d’une région à l’autre du monde. En outre, il fait face à de multiples risques. Ces derniers incluent le fait que les principaux payeurs, ainsi que les opinions publiques, demandent à ce que les prix des médicaments baissent. De plus, la concurrence des génériques et les coûts de développement de nouvelles thérapies poussent les principales compagnies du secteur à se regrouper afin de renouveler l’offre existante. Ce mouvement entraîne une augmentation notable de l’endettement des entreprises. En outre, l’aval du secteur doit non seulement composer avec des prix en baisse, mais aussi des coûts fixes élevés, grevant ainsi sa profitabilité. De plus, le changement des modes de vie des populations dans les économies émergentes, au fur et à mesure de la plus grande sophistication de leurs économies, entraîne en parallèle l’augmentation de la prévalence de maladies typiquement liées à un mode de vie sédentaire et à une alimentation plus riche. Par conséquent, les payeurs dans ces pays devront accentuer leur pression pour des prix plus bas de thérapies, qui offriront des résultats performants pour améliorer la santé des patients concernés.

Pharmaceutical FR
Analyse approfondie du secteur
La détermination des prix : un enjeu clé pour les payeurs

La détermination des prix des produits pharmaceutiques continue toujours de poser des problèmes aux payeurs de par le monde. En effet, ces derniers, qu’ils soient publics ou privés, continuent de faire face à des thérapies dont les coûts grèvent une bonne partie de leur budget. Selon BMI Research, les ventes mondiales de médicaments ont crû de 2,3 %, 4 % et 4,3 % en 2016, 2017 et 2018 respectivement, face à une croissance mondiale de 2,8 %, 3,3 % et 3,2 %. Face à cette croissance plus forte des dépenses de médicaments, induite non seulement par un accès plus large des populations, mais aussi aux prix unitaires plus élevés. Ainsi, les autorités publiques ainsi que les assureurs privés pressent les laboratoires ainsi que les entreprises biopharmaceutiques (biotechs) de réduire leurs prix. Par ailleurs, de nouvelles thérapies arrivant sur le marché pour traiter des maladies assez rares et généralement létales participent à cette inflation. Ainsi le Zolgensma de Novartis (au cœur d’un scandale sur la véracité des données cliniques) devrait être pris en charge pour la somme de 2,1 millions USD pour quatre ans de traitement de l’atrophie musculaire des enfants.

 

Néanmoins, rien qu’aux États-Unis en 2019, 3 400 médicaments ont vu leur prix augmenter (+ 17 % en nombre selon Rx Savings Solutions qui évolue dans le conseil en assurance-santé) pour une croissance des prix de 10,5 %, quatre fois plus que l’inflation pour la même période. Certaines des hausses (41 au total) ont dépassé 100 % (un doublement du prix en l’espace d’une année), voire 880 % pour un médicament comme le Prozac d’Eli Lilly. Ces hausses et le manque de transparence dans la détermination des prix par les laboratoires pharmaceutiques ont conduit les représentants politiques à s’emparer du sujet (que ce soit l’exécutif ou certains membres du Congrès) afin de faire en sorte que les prix pratiqués dans ce pays soient davantage en accord avec les standards internationaux. Ces questions sont au cœur du débat des primaires des démocrates et devraient constituer un sujet important durant la campagne présidentielle aux États-Unis. Ceci, dans un contexte où Le Président Trump, candidat à sa réélection devra formuler des propositions crédibles en la matière, au regard de l’incapacité de son administration à avoir supprimé l’Obamacare. La question de la transparence se pose également pour les entreprises biotech’s. Ainsi, ces derniers fixent les prix en fonction de ce que supporter financièrement le payeur.

 

La demande de davantage de transparence des acteurs de l’industrie pharmaceutique ne se pose pas uniquement aux États-Unis, mais à travers de nombreux pays à travers le monde. Ainsi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé en mai 2019, sous la pression d’ONG, à ce que les entreprises du médicament dévoilent leur méthodologie de fixation des prix demandés aux payeurs. Bien que non coercitive et non suivie par certains grands États (Royaume-Uni et Allemagne), cette résolution constitue un premier pas vers moins d’opacité, sur un des aspects fondamentaux des négociations entre payeurs et l’industrie pharmaceutique dans son ensemble. Les payeurs disposent de certains outils pour limiter l’impact sur leur budget de médicaments coûteux. Outre le fait de faire participer les assurés au paiement de la facture, les payeurs, notamment en Europe de l’Ouest, ont mis en place des systèmes d’évaluation coûts-bénéfices pour chaque thérapie. Cette médecine basée sur la valeur permet au NICE (National Institute for HealthCare Excellence) anglais de refuser de rembourser un médicament si celui-ci n’améliore pas significativement la survie ou la qualité de vie (mesurées en termes monétaires) des patients du National Health Service (NHS) England. Ces méthodologies sont de plus en plus mises en œuvre dans les pays émergents, notamment concernant certains programmes pilotes d’assureurs santé privés, qui y voient là une opportunité de réduire, avec les génériques, les coûts des systèmes publics de santé. En effet, les pays émergents cherchent à diffuser rapidement des schémas publics d’assurance-maladie pour l’ensemble de leur population (en particulier dans les zones rurales moins riches) avec une trajectoire de dépenses maîtrisée. Développer et mettre en œuvre des schémas de mesure du rapport coût-efficacité participent de cet objectif.

Aux États-Unis, certains états mettent en place de tels systèmes d’évaluation afin de limiter les prix.

Les distributeurs pharmaceutiques représentent le segment des entreprises les plus à risques du secteur

Les laboratoires pharmaceutiques font certes face aux réticences des payeurs, mais parviennent toutefois à générer une marge nette (bénéfice net rapporté au chiffre d’affaires) de 8 % en 2018 bien qu’en diminution de trois points de pourcentage par rapport à 2017 (11 %). Néanmoins, leur dette nette rapportée au total de l’actif ne cesse de croître du fait d’une politique d’acquisition de biotech’s ambitieuse, afin de disposer de thérapies innovantes et potentiellement rémunératrices. Cet endettement net est passé de 7,3 % en 2015 à 15 % à fin 2018 et continuera à croître dans les trimestres prochains du fait des fortes valorisations de ces compagnies. En effet, cet engouement est la conséquence, pour les laboratoires pharmaceutiques, de la fin des brevets protégeant certains médicaments à fortes ventes et vise aussi à gagner une taille critique dans certains domaines thérapeutiques d’importance comme l’oncologie, où l’immunothérapie, qui affiche des résultats prometteurs. En guise d’illustration, le rachat de Bristol-Myers Squibb (BMS) de la compagnie biopharmaceutique Celgene en 2019 pour 74 milliards USD est emblématique. Le cas du rachat d’Allergan par AbbVie pour 63 milliards USD en est un autre exemple. Les thérapies en résultant sont à l’origine de l’inflation des coûts pour les payeurs évoqués précédemment, et permettent d’offrir une quasi-exclusivité d’usage contre un type précis de maladie. Ces rachats sont en partie financés par des cessions de branches qui ne sont pas jugées en accord avec le cœur du business des laboratoires. Ainsi, Eli Lilly a introduit sa filiale de santé animale en bourse afin de financer son « recentrage » sur l’oncologie et pour aussi faire face à la perte des brevets de deux blockbusters (Humalog et Cialis). Selon une étude de Reuters de 2019 ; un « blockbuster » peut générer jusqu’à 20 % du chiffre d’affaires total d’un laboratoire pharmaceutique, démontrant l’importance de renouveler le pipeline. Par conséquent, une hausse de la dette nette, conjuguée avec une plus forte pression sur les prix (provenant notamment des politiques américaines) et des difficultés d’ordre juridique font que le profil de risque du segment se détériore.

Les valorisations des entreprises biopharmaceutiques s’expliquent par une marge nette atteignant 13 % en 2018 contre 23 % une année auparavant. À l’instar des laboratoires pharmaceutiques, les biotechs doivent composer avec des payeurs moins accommodants concernant les niveaux de remboursement des médicaments. Toutefois, leur dette nette est moins forte : 4 % en 2018 contre 7 % en 2017. Elles sont des cibles idéales pour les laboratoires car disposant d’un portefeuille de médicaments et de thérapies plus rémunérateurs, du fait d’un positionnement dans des domaines thérapeutiques jugés essentiels par bon nombre d’acteurs de l’industrie. Il faut toutefois prendre en compte le fait que ce segment présente une certaine hétérogénéité, car certaines entreprises biopharmaceutiques ne parviennent pas à faire autoriser leurs molécules par les régulateurs, du fait d’une absence d’effets positifs ou d’effets secondaires potentiellement mortels constatés lors des tests. Un autre obstacle peut se présenter si la molécule en question ne parvient pas générer suffisamment de ventes face à un concurrent déjà établi. Les dépenses en marketing et commercialisation, pour inciter les docteurs à prescrire le médicament, influencent le résultat, sans toutefois être une garantie suffisante. D’ailleurs, elles peuvent générer de la publicité négative, un élément que les acteurs du secteur veulent à tout prix éviter en ce moment.

Le segment le plus à risque du secteur pharmaceutique regroupe les distributeurs. Sont concernés les grossistes (répartiteurs) ainsi que les chaînes de pharmacie. Ils subissent de plein fouet les réductions de prix demandées par les payeurs (publics ou privés), alors que leurs coûts fixes sont élevés en raison d’un réseau de distribution assez dense et spécialisé. En effet, certains médicaments doivent être délivrés rapidement, peu importe le lieu de la livraison, tout respectant des normes drastiques de conditionnement. Enfin, des politiques de limitation des volumes pourraient avoir un impact sur l’activité des distributeurs. Ce sous-secteur est déjà celui le plus fragile. La marge nette s’établit à 2,3 % en 2018 contre 2 % en 2017. Toutefois, elle est bien plus faible que celle des laboratoires et des entreprises biopharmaceutiques. Son ratio de dette nette sur l’actif est quant à lui le plus élevé, atteignant 14,8 % à la même période. Les grossistes européens et chinois présentent un profil de risque plus important. En effet, les premiers, outre les politiques drastiques de baisse des prix en cours dans la zone doivent faire face à des normes et régulations plus coercitives. Leur respect engendre des coûts plus élevés et affecte la profitabilité de ces acteurs. En chine, le gouvernement central cherche à assainir le segment, touché de plein fouet par des pratiques opaques et la présence de plusieurs intermédiaires qui renchérissent d’autant les prix. La politique des « deux factures » permet de faciliter le suivi des transactions : une facture sera délivrée par le producteur au distributeur, tandis que ce dernier devra facturer son client (hôpital ou pharmacie) et y faire une mention explicite des prix et des volumes. Coface s’attend à ce que certains distributeurs disparaissent à mesure que la transparence s’accroît.

 

Notes de lecture : Dans le secteur de la pharmaceutique, les payeurs évaluent, négocient et paient les médicaments, au nom des patients.

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Dernière mise à jour : février 2020

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