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Textile-Habillement

Textile-Habillement

Textile-Habillement
Asie-Pacifique
Europe centrale et de l'est
Amérique Latine
Moy-Orient & Turquie
Amérique du Nord
Europe de l'Ouest
Changer de secteur

Forces

  • Accroissement de la classe moyenne dans les pays émergents
  • Développement du fast fashion

Faiblesses

  • Produits à forte élasticité prix de la demande
  • Secteur très impacté par la crise sanitaire liée au Covid-19
  • Structure des prix très sensibles aux variations des cours matières premières

Appréciation du risque

Synthèse de l’appréciation du risque

Le secteur du textile-habillement est composé de deux branches : le textile d’une part et l’habillement d’autre part. Bien que liées, ces deux branches sont soumises à des contraintes et des mécanismes différents. Le textile fournit les intrants au marché de l’habillement, principalement le coton pour les fibres naturelles, et le polyester, pour les fibres synthétiques.

L’instruction de se confiner et la fermeture de magasins non essentiels dans de nombreux pays dans le but de contenir la pandémie de COVID-19 a fait souffrir le secteur textile-habillement qui était déjà en difficulté ces dix dernières années. La faible demande des consommateurs a impliqué une baisse des revenus des marques et des magasins qui doivent réduire, reporter voire annuler les commandes de vêtements pour les industries textiles, ceci a pour conséquence la diminution ou même l’annulation d’importations de fibres textiles comme le coton. Alors que la livre de coton se négociait à USD 0,71 le 9 janvier 2020, son cours a plongé à USD 0,48 le 1er avril dernier, soit son niveau le plus bas depuis 2008. Pour ensuite remonter à USD 0,59 au 15 juin 2020. De nombreuses fermetures d’usine et des incidents sur la chaîne de production (l’approvisionnement d’intrants étant plus compliqué) se sont produits en Chine, au Pakistan, en Inde, au Bangladesh et au Vietnam, alors que ces pays représentent 70% de la consommation mondiale de coton, selon le Département australien de l’agriculture (ABARES) qui estime alors une baisse de la consommation mondiale de coton de 14% en 2019-2020, par rapport à la saison précédente.

Ce double choc d’offre et de demande a provoqué une détérioration de la trésorerie des entreprises du secteur, des pertes d’emplois voire même des faillites comme pour le groupe britannique Oasis and Warehouse en Avril 2020. L’entreprise de conseil aux entreprises McKinsey estime à un tiers le nombre d’entreprise du secteur qui ne survivraient pas dans les 12 à 18 mois suivant le début de la crise.

Certaines tendances observées avant la crise s’accentuent suite aux mesures prises pour contrer la pandémie telle que la fermeture des points de vente physique. Les entreprises qui ont su s’adapter en nouant des partenariats avec des sociétés spécialisées dans la vente en ligne ou en développant en interne ce service pour leurs clients, seront les moins impactées par la crise puisque les mesures de confinement ont conduit à une forte expansion du e-commerce, qui était déjà en œuvre avant la crise.

En 2018, les ventes mondiales de vêtements et de chaussures en lignes représentaient 16% des ventes totales, contre 10% en 2012. Ce développement du e-commerce s’accompagne d’un déplacement de la demande de l’Europe et des Etats-Unis vers l’Asie-Pacifique, où a lieu 62,6% des ventes en ligne.

 

Textile Graph 2 FR
Analyse approfondie du secteur
Effets du COVID-19 et perspectives à court et moyen terme

Le marché de l’habillement est très sensible aux variations de la conjoncture économique. Coface prévoit une baisse du PIB mondial de 4,4 % en 2020 après une croissance économique mondiale de 3,2 % et 2,5 % en 2018 et 2019 respectivement. Les principaux marchés consommateurs de vêtements, notamment l’Europe et l’Amérique du Nord et la Chine, enregistrent un très fort ralentissement de leur activité économique en 2020 (-6.8% après 1,7% en 2019 pour les économies avancées et 1% après 6,1% pour la Chine), et, malgré une reprise de l’activité attendue en 2021, le PIB des grandes économies avancées, resterait inférieur à son niveau de 2019 (-2,4% pour les États-Unis, et -2.8% pour la Zone Euro, d’après Coface). Dans les nombreux pays qui ont pris des mesures de confinement strictes face au COVID-19, les magasins d’habillements ont été fermés, n’étant pas des commerces essentiels. McKinsey s’attend à une baisse des revenus de l’industrie mondiale de l’habillement et de la chaussure de 27 à 30% en 2020 par rapport à 2019 avec cependant un regain de 2 à 4% en 2021 par rapport à 2019. De surcroît, McKinsey anticipe une baisse de la moitié des ventes dans le secteur du textile et de l’habillement en Union Européenne en 2020. Dans ce climat d’incertitude, les consommateurs préférant épargner par précaution et se concentrer sur des biens essentiels, les ventes en ligne n’ont pas permis de compenser les pertes engendrées par la fermeture des magasins physiques. Les ventes en ligne ont diminué de 15 à 20% en Chine, 5 à 20% en Europe et entre 30 et 40% aux États-Unis, d’après McKinsey.

Le secteur du textile et de l’habillement est très mondialisé. Les chaînes de production ont été bouleversées par la crise. Le pic épidémique en Chine a engendré des pénuries de matières premières car certaines usines approvisionnant le secteur ont dû fermer, telles que le coton et d’intrants, pénalisant les industries manufacturières du monde entier, notamment l’Amérique latine et l’Afrique de l’Est qui sont très dépendants des matières premières chinoises.  Puis, lorsque l’épicentre s’est déplacé vers l’Europe puis les États-Unis, les usines de nombreux pays ont été fermées par nécessité de ne pas faire circuler le virus sur le lieu de travail.

Par manque de commandes, de nombreuses entreprises ne peuvent pas verser les salaires à leurs employés et sont dans l’obligation de licencier. Au Vietnam, où la croissance économique était l’une des plus fortes d’Asie (6,5% en 2019, d’après Coface), entre 400 000 et 600 000 personnes (sur un total de 2,8 millions) ont perdu leur emploi dans le secteur d’après la Vietnam Textile and Apparel association.

Prévisions de production, de consommation de coton et évolution des prix du coton

D’après les prévisions de Coface, la demande de fibres ne devrait pas retrouver son niveau d’avant Covid-19 à court terme car les commandes diminuent en raison d’une baisse de la consommation, dû à la récession ainsi que  des stocks de biens invendus et de fibres non utilisées par les manufacturiers. Le département de l’agriculture australien (ABARES) mise sur une augmentation de la consommation mondiale de coton de 8,4% en 2020-2021, mais celle-ci sera encore inférieur de 7% à son niveau de 2018-2019.  ABARES estime un prix moyen de USD 0,63 par livre pour 2020/2021 soit une diminution de 12% par rapport à la saison précédente.  

La production mondiale de coton devrait baisser de 2,8% en 2020/2021 due à une baisse de 5,5% des plantations par anticipation de la baisse du prix du coton depuis quelques années.

Les restrictions gouvernementales pour bloquer la progression du Covid-19 dans de nombreux pays et l’interruption de production de textiles impliquent une augmentation du stock de coton mondial (22 millions de tonnes d'ici la fin de 2020-2021, en hausse de 4,7 millions de tonnes depuis le début de 2019-2020). L’ABARES estime une hausse des échanges mondiaux de coton de 3% en 2020/2021 grâce à une hausse de l’activité des manufactures dans des pays importateurs tel que la Chine, le Vietnam, le Bangladesh, la Turquie et l’Indonésie.

Augmentation de l’utilisation des fibres synthétiques par rapport aux fibres naturelles

Le secteur du textile-habillement évolue sous l’effet de différents facteurs. Il y a, tout d’abord, l’utilisation grandissante par les acteurs du secteur des fibres synthétiques (principalement le polyester) au détriment des fibres naturelles telles que le coton. Le polyester présente en effet plusieurs avantages par rapport au coton : sa production nécessite moins d’eau que le coton et pas de pesticides. Il est également plus facile à manipuler et à mélanger avec d’autres fibres ; de surcroît, sa production est moins soumise aux aléas climatiques. De plus, le faible prix du pétrole maintient le coût des fibres synthétiques faible. Il y a une incitation à substituer le coton et la laine par ces fibres synthétiques.  Dans le même temps, fibres naturelles écologiques connaissent un développement important, poussées par les préoccupations environnementales grandissantes des consommateurs.

Déplacement des fabriques de textiles vers les pays à coûts bas

La manufacture de textile, notamment celle à faible valeur ajoutée, se déplace de la Chine (qui domine la manufacture de textile mondialement) vers d’autres économies où les coûts de production sont plus faibles, i.e. le Vietnam, l’Inde et le Bangladesh ou encore l’Éthiopie. La part de la Chine dans les exportations mondiales de textile est passée de 38.3% à 29.1% entre 2015 et 2020 d’après Fitch Solutions. Cette tendance, récemment exacerbée par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, devrait se poursuivre à mesure que croissent les salaires chinois, augmentant les coûts de production. Les industries du textile, qui changent de collections très régulièrement, sont incitées à implanter des usines dans des pays où les salaires sont plus faibles. D’après une étude de l’université de New-York, le salaire mensuel minimum en Éthiopie est de USD26 contre USD326 en Chine en 2019.

La demande se déplace de l’Europe et les Etats-Unis vers l’Asie

À mesure que croît la demande d’habillement émanant d’Asie, notamment de Chine, l’importance dans ce secteur de l’Europe et de l’Amérique du Nord diminue. Ainsi, les ventes de produits d’habillement réalisées en dehors d’Amérique du Nord et d’Europe ont égalé en 2018 les ventes de ces régions et devraient atteindre 55 % du total des ventes mondiales de produits d’habillement en 2025. Cette région d’Asie-Pacifique (Vietnam, Philippines, Indonésie, Malaisie, Thaïlande et Singapour) est très attractive pour le secteur de l’habillement, notamment car la part de la population jeune – parmi laquelle le digital occupe une place importante, et grandissante – est importante. Les trois plus grands sites de e-commerce de cette région (Lazada, Shopee & Tokopedia) ont vu la valeur brute de leurs ventes de marchandises se multiplier par 7 entre 2015 et 2018. Le secteur du luxe est aussi concerné par le déplacement de l’activité du secteur : la Chine a généré 90% de la croissance du secteur du luxe en 2019, réalisant 35% des achats du secteur d’après Bain & Company, le cabinet international de conseil en stratégie et management. Une autre transformation importante dans le marché de l’habillement est l’importance grandissante de la « fast fashion » ; notamment dans les économies avancées et en Chine. L’expression « fast fashion » caractérise la stratégie des enseignes de renouveler très rapidement les collections de vêtements proposées, de façon à stimuler et augmenter les fréquences d’achat par les consommateurs. Une conséquence directe de cette évolution est une « durée de vie » moins importante des vêtements. En effet, les vêtements sont aujourd’hui conservés deux fois moins longtemps qu’il y a dix ans dans le monde.

 

Notes de lecture :

  • La saison de production du coton au niveau mondiale débute le 1er août et se termine le 31 juillet de l’année suivante.
  • Les économies avancées correspondent à l’Europe, les États-Unis, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande
Textile Graph 1 FR

 

Dernière mise à jour : février 2020

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