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Changer de secteur

Forces

  • Bonnes perspectives de croissance du secteur sur le long terme
  • Utilisation croissante des transports aériens en Asie grâce à l’émergence des classes moyennes
  • Progrès techniques qui permettent de diminuer les coûts, notamment pour le transport aérien et maritime

Faiblesses

  • Secteur très dépendant des fluctuations des cours du pétrole
  • Santé du secteur fortement liée à la conjoncture économique
  • Secteur durement touché par les préoccupations environnementales

Appréciation du risque

Synthèse de l’appréciation du risque

Dans l’ensemble, le secteur des transports (aérien, routier, maritime et ferroviaire) sera pénalisé par le ralentissement de l’activité économique d’une part et les tensions commerciales d’autre part. À plus long terme, cependant, le secteur devrait bénéficier de perspectives positives principalement en raison de l’émergence des classes moyennes indiennes et chinoises et de la réduction des coûts liés au progrès techniques, notamment sur les segments aériens et maritimes.

Le commerce mondial décroît : le World Trade Monitor (qui mesure le commerce de marchandises mondial) a diminué de 1,1 % au troisième trimestre (T3) 2019 en glissement annuel. Le fret aérien (mesuré en tonnes-kilomètres) a diminué pour le 11e mois consécutif en septembre (- 4,5 % en glissement annuel). Le fret maritime mondial continue de ralentir également : l’indice de débit des conteneurs (une mesure du volume du fret maritime mondial) a augmenté de 3 % au troisième trimestre (T3) 2019 en glissement annuel contre 3,3 % un an plus tôt.

Le trafic aérien a continué de ralentir en 2019 : la demande de transport de personnes aérien (mesurée en passager-kilomètre, RPK) a augmenté de 4,5 % sur la période janvier septembre 2019 en glissement annuel, comparé à 6,7 % un an plus tôt. L’immobilisation, pour une durée indéterminée, des Boeing 737 MAX suite aux crashs aériens survenus en octobre 2018 et en mars 2019 pénalisent la santé financière de Boeing ainsi que celles des nombreuses compagnies aériennes, notamment américaines, qui utilisent ces appareils et qui subissent mécaniquement une diminution (temporaire) de la taille de leur flotte. Malgré les difficultés, d’après l’Association internationale du transport aérien (IATA), les perspectives du transport aérien sur le long terme sont positives. Cette dernière prévoit en effet que le trafic aérien aura doublé pour atteindre 8,2 milliards en 2037, ceci principalement grâce à la croissance du nombre de passager en en Asie-Pacifique, qui enregistrerait à cet horizon la moitié du nombre total de passagers au niveau mondial.

Les préoccupations environnementales et les mesures prises pour lutter contre l’émission de gaz à effets de serre ou de polluants pourraient pénaliser le secteur, notamment les segments aériens, maritimes et routiers

 

Transport FR
Analyse approfondie du secteur
Le secteur du transport perturbé après une année 2019 mouvementée

L’activité économique mondiale a poursuivi son ralentissement en 2019 (2,4 % de croissance économique en 2020 après 2,5 % en 2019 et 3,2 % en 2018 d’après Coface). Ce ralentissement se matérialise notamment dans le commerce mondial dont la moyenne sur 3 mois a diminué de 1,1 % en septembre 2019 selon le Bureau d’analyse des politiques économiques des Pays-Bas (CPB) ; cette mesure a diminué pour le 4e mois consécutif en septembre 2019. Le fret, aussi bien maritime qu’aérien, est mécaniquement affecté par la diminution du commerce. Ainsi, le transport maritime de marchandises (qui représente 80 % du fret mondial) poursuit sa décélération : la valeur moyenne de l’indice de débit des conteneurs a augmenté de 2,6 % entre janvier et septembre 2019 en glissement annuel après 4,4 % en un an plus tôt. Le fret aérien (mesuré en tonnes-kilomètres) a diminué de 4,5 % en glissement annuel en septembre, c’était le 11e mois consécutif de diminution.

Le transport aérien de passager semble continuer d’enregistrer de bonnes performances : selon IATA, la demande de transport aérien (mesurée en passagers-kilomètres) a augmenté de 3,8 % en septembre en glissement annuel.

L’année 2019 aura été marquée par les déboires de Boeing suite aux crashs de deux Boeing 737 MAX en octobre 2018 et en mars 2019. Boeing, qui est le premier constructeur aéronautique mondial, a affiché une perte de près de 3 milliards USD au deuxième trimestre (T2) 2019 suite à la suspension des livraisons et à la diminution de production des 737 MAX ; Boeing a ainsi livré 239 appareils au 1er semestre (S1), soit une baisse de 37 % par rapport au S1 2018. Airbus, son principal concurrent tire parti de la situation, et a livré 28 % d’appareil en plus au S1 2019 par rapport au S1 2018. Le gain d’Airbus est cependant limité dans la mesure où le constructeur ne peut pas augmenter indéfiniment sa production à court terme et où Boeing ne semble pas avoir entièrement perdu la confiance des compagnies aériennes : il n’y a eu, à ce jour, que très peu d’annulations de commande et Boeing a reçu plusieurs commandes au Salon du Bourget, dont une de deux cents 737 MAX de International Airlines Group (IAG). Les constructeurs aéronautiques ne sont pas les seuls à être impacté par les crashs : les 737 MAX ayant été immobilisés, les compagnies aériennes en possédant ont été forcées de s’adapter (le plus souvent en supprimant des vols). Les compagnies aériennes nord-américaines sont particulièrement concernées : American Airlines (qui possède vingt-quatre 737 MAX) a estimé que l’immobilisation des appareils entraînera une diminution de son profit de 400 millions USD ; Southwest Airlines a supprimé plus de 200 vols quotidiens jusqu’au 4 mars 2020.

 

Les préoccupations environnementales bouleversent le secteur

Dans l’optique de lutter contre la pollution et de répondre aux préoccupations environnementales, plusieurs mesures ont été prises pour diminuer l’impact sur l’environnement et la santé du secteur des transports. Ainsi, IATA s’est fixé comme objectif de diviser par deux ses émissions de CO2 d’ici 2050 (par rapport à leur niveau de 2005) ; le Parlement européen a voté début 2019 une réduction des émissions de CO2 des poids lourds de 25 % d’ici 2025 et de 30 % d’ici 2030 ; l’Organisation maritime internationale (OMI) a fixé une nouvelle limite d’émission d’oxydes de soufre par les navires. Cette dernière mesure, nommée IMO 2020, qui a pris effet le 1er janvier 2020, et limite le rejet de soufre à 0,5 % (ou 5 kg par tonne de carburant) contre 3,5 % auparavant. Cette dernière mesure est celle qui devrait avoir le plus d’impact à court terme.

Les navires ont plusieurs options pour respecter la réglementation IMO 2020. Ils peuvent tout d’abord utiliser du carburant à faible teneur en soufre (LSFO) ou du gazole marin (MGO), qui seront plus chers que le carburant à haute teneur en soufre (HSFO) utilisé jusqu’alors, à cause de coûts de production plus élevés. Ils ont également la possibilité de continuer d’utiliser le HSFO s’ils installent des épurateurs qui permettent de ne pas rejeter plus de 0,5 % d’oxyde de soufre mais leur installation est longue et coûteuse ; les estimations quant au nombre de navires qui disposaient d’un épurateur au 1er janvier varient autour de 2 000 et 4 000 navires alors que la flotte mondiale est estimée par la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (UNCTAD) à plus de 95 000. Enfin, il est possible d’utiliser du gaz naturel liquéfié (LNG) même si cette option semble peu probable à court terme, tous les ports ne pouvant pas fournir les navires en LNG. L’option la plus probable à court terme pour les navires est donc l’utilisation de LSFO ou de MGO. Dans tous les cas, par la hausse des coûts qu’il cause, IMO 2020 pénalisera les entreprises de transport maritime. Les effets négatifs de IMO 2020 seront d’autant plus importants que la mesure prend place dans un contexte de ralentissement économique et de dégradation du commerce mondial.

Les préoccupations environnementales des consommateurs, incitent certains d’entre eux à ne plus prendre l’avion et à chercher des alternatives à ce moyen de transport. Ce mouvement, connu sous le nom de flygskam (littéralement « la honte de prendre l’avion ») se répand en Europe et aux États-Unis, et pourrait avoir un impact négatif durable sur le transport aérien de passager ; au bénéfice du ferroviaire.

Offre

Les prix du pétrole, qui ont fortement augmenté en 2018, bien que volatiles, devraient se maintenir à des niveaux élevés en 2019 (Coface prévoit un prix moyen du baril de Brent à 75 USD en 2019). De tels cours contraindraient les entreprises du secteur à rogner leurs marges dans un premier temps, puis à augmenter leurs prix. Cette hausse des cours du pétrole s’illustre notamment dans le BDI, un indicateur du coût du fret maritime, dont la valeur moyenne entre janvier et octobre a augmenté de 32 % entre 2017 et 2018. La profitabilité des entreprises du transport aérien et maritime évoluant dans le sens contraire des cours du pétrole et du BDI (cf. graphique), les hausses du BDI et du Brent devraient entraîner une diminution de la profitabilité des entreprises du secteur des transports aérien et maritime au niveau mondial.

Concernant l’Amérique du Nord, les transporteurs aux États-Unis souffrent d’une part, de la hausse des prix du pétrole et d’autre part, de la hausse des coûts liés aux droits de douane sur les importations d’acier (25 %) et d’aluminium (10 %) chinois, qui impactent les coûts de construction des engins. IATA estime que le profit des compagnies aériennes a diminué de 18 % en 2018 pour l’ensemble de la région. Le transport de marchandises par camions aux États-Unis (qui représente 70 % du fret domestique) se porte bien : ATA, l’association américaine de camionnage, estime que l’augmentation du volume de fret routier de 3,4 % par an entre 2018 par rapport à 2017 et elle estime que cette tendance devrait perdurer jusqu’en 2023.

En Europe, le secteur devrait subir la diminution de la croissance du PIB domestique. L’année 2018 a vu de nombreuses difficultés pour de nombreuses entreprises du secteur. Ce fut le cas par exemple pour l’entreprise irlandaise Ryanair : la hausse des prix du pétrole ainsi que les grèves des employés de la compagnie l’ont conduite à revoir à la baisse ses prévisions de profits. L’entreprise européenne Air France – KLM reflète bien notamment les difficultés liées à la forte concurrence dans l’aérien avec également une année difficile pour le groupe. Le sous-secteur du transport ferroviaire pourrait être marqué par une éventuelle fusion entre les groupes internationaux Alstom et Siemens, fondés respectivement en France et en Allemagne. À l’heure où nous publions cet article, la commission européenne semble avoir des réserves par rapport à cette fusion qui réduirait de fait la concurrence du secteur en Europe.

L’émergence de la classe moyenne en Inde et en Chine est favorable aux compagnies aériennes. En Chine, l’augmentation du revenu par habitant accroît le transport aérien domestique. Le secteur de l’aviation en Inde est en pleine croissance : IATA estime que le nombre de passagers devrait croître de 6,1 % par an sur les 20 prochaines années. En Inde, Le transport aérien de marchandises a crû de 16,9 % en 2017.

Les compagnies aériennes d'Amérique latine ont enregistré de bonnes performances en 2018 : le transport de passager a augmenté de 5,1 % de janvier à septembre 2018 en glissement annuel et le fret aérien (mesuré en tonnes-kilomètres) de 8,7 % sur la même période. En Argentine, le secteur a souffert d’une augmentation des coûts (+45 % entre janvier et septembre 2018) due à la dépréciation de la devise et à l’augmentation des cours du pétrole.

 

Une année 2020 qui s’annonce difficile

Au niveau mondial, les entreprises de transport de passagers et de marchandises continueront à être impactées par le ralentissement économique.

En Europe, le transport aérien et tout particulièrement le segment low cost est confronté à un fort problème de surcapacité réduisant les marges des entreprises et les rendant ainsi plus sensibles à la conjoncture économique et à la variation des prix du pétrole. Un nombre important de compagnies aériennes a donc fait faillite l’an dernier (WOW air ou XL Airways pour ne citer qu’eux) minées par les fortes variations des cours du pétrole et le ralentissement économique. Ces défaillances devraient se poursuivre à court terme mais pourraient être bénéfiques au marché dans son ensemble sur le long terme : elles permettraient de réduire la surcapacité et ainsi consolider le marché, en permettant aux entreprises d’augmenter leur marge et d’être par conséquent moins sensibles aux variations de la conjoncture.

L’éventualité d’un « hard Brexit » pénalise le secteur au Royaume-Uni. De grandes entreprises, dont Airbus, ont déclaré qu’elles avaient besoin d’une plus grande certitude pour continuer à investir et qu’elles pourraient être obligées de quitter le Royaume-Uni si le pays optait pour un « hard Brexit », en raison de son effet sur les chaînes d’approvisionnement internationales.

Les tensions commerciales en cours entre les États-Unis et la Chine ont un impact direct sur le secteur du transport en ce qu’elles causent une diminution des échanges entre ces deux pays mais également en leur sein. Aux États-Unis, le secteur est impacté par les tensions commerciales avec la Chine : les droits de douane à l’importation sur l’acier et l’aluminium augmentent les coûts des constructeurs alors que les mesures de rétorsions chinoises sur les biens américains, notamment agricoles, pénalisent la demande de fret. La santé du transport de marchandise domestique routier (qui représente 70 % du fret domestique aux États-Unis) n’a pas évolué de façon claire en 2019 mais a fortement varié. Le ralentissement économique que Coface y prévoit en 2020 (+ 1,3 % après 2,3 % en 2019 et 2,9 % en 2018) pèsera sur la demande de fret.

En Asie, l’émergence des classes moyennes, notamment en Chine et en Inde, et la hausse des revenus par habitant sont une aubaine pour le transport de marchandises (les habitants consommant plus) et de passagers (les ménages voyageant plus souvent). En Chine, le ralentissement économique en cours ainsi que les tensions commerciales avec les États-Unis vont peser sur la demande de transport, notamment de transport de marchandises. À plus long terme, le secteur en Chine, ainsi que dans les pays voisins, devrait bénéficier de la nouvelle route de la soie.

 

Dernière mise à jour : février 2020

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