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Tunisie

Tunisie

Population 11,8 millions
PIB par habitant 3 293 $US
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Evaluation des risques pays
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Synthèse

principaux Indicateurs économiques

  2018 2019 2020 (e) 2021 (p)
Croissance PIB (%) 2,7 1,0 -9,0 4,5
Inflation (moyenne annuelle, %) 7,3 6,7 5,5 5,5
Solde public / PIB (%) -4,4 -3,3 -11,0 -8,0
Solde courant / PIB (%) -11,2 -8,5 -7.0 -7,5
Dette publique / PIB (%) 77,3 72,5 89,0 91,0

(e) : Estimation (p) : Prévision

POINTS FORTS

  • Système pleinement démocratique avec liberté d’expression
  • Intégration croissante des femmes aux postes de gouvernance politique et économique
  • Soutien des bailleurs de fonds internationaux, multilatéraux, européens, arabes
  • Économie en cours de diversification
  • Proximité du marché européen et accord d’association avec l’UE
  • Potentiel touristique
  • Ressources naturelles (phosphates et hydrocarbures notamment)

POINTS FAIBLES

  • Fortes inégalités sociales et géographiques, taux de chômage élevé, notamment chez les jeunes (36,5%), conduisant à la multiplication des manifestations et des troubles sociaux
  • Déséquilibre structurel des comptes publics (entreprises publiques déficitaires, salaires = 60% des dépenses primaires, poids élevé des subventions) et, pourtant, déficience des services publics
  • Economie fortement impactée par la crise du COVID-19
  • Fragmentation de la représentation politique reflétant celle de la société et l’apprentissage de la démocratie
  • Tourisme confronté aux problèmes sécuritaires, à la concurrence étrangère accrue, au manque d’investissement, et peu diversifié tant en gamme qu’en thèmes
  • Porosité de la frontière avec la Libye, source d’insécurité

Appréciation du risque

Une reprise fragile qui n’effacera pas la crise

La crise de la COVID-19, à travers ses mesures intérieures et extérieures de confinement, ainsi que la chute de la demande européenne, a frappé durement une économie déjà anémique, l’entraînant dans une profonde récession. 2021 devrait amener une reprise significative, mais sans commune mesure avec la chute d’activité enregistrée l’année précédente. La consommation des ménages (70% du PIB), déjà faiblarde, a été très affectée par la hausse du chômage et la baisse des revenus. Elle devrait reprendre modestement en 2021. Les services commerciaux (près de 50% du PIB) seront à son image, au premier rang desquels le tourisme. La chute en 2020 de 60% de ses recettes, qui concourent pour 14% au PIB et à l’emploi, ne devrait s’effacer que marginalement, ce qui dépendra, en tout état de cause, du contrôle de la pandémie. Hébergement et restauration, mais aussi transport et artisanat continueront donc de souffrir. Les industries manufacturières (16% du PIB), avec notamment le textile, la confection, et les pièces automobiles et aéronautiques devraient progresser avec la demande européenne. Par contre, les autres industries (hydrocarbures, phosphates et engrais dérivés, plâtre) pourraient encore souffrir de grèves et de blocages, comme en 2020, lorsque la production de pétrole et gaz a baissé de 8%. Cependant, les cours du pétrole en hausse, et la fermeté de ceux des engrais profiteront aux recettes d’exportation. Plus largement, les exportations, passées de 50% à environ 40% du PIB entre 2019 et 2020, devront surtout leur embellie aux marchandises, même si la réouverture de la frontière avec la Libye en novembre 2020 aura un impact favorable sur le tourisme, notamment médical. Face à cette reprise mitigée, l’investissement (15% du PIB), dont le repli s’est nettement accentué en 2020, ne reprendra que timidement. L’agriculture (12% du PIB) sur laquelle a pesé une météorologie défavorable et un approvisionnement erratique en engrais, devrait afficher une progression. Les exportations d’huile d’olive, rare segment à ne pas avoir connu la crise, continueront de prospérer.

 

La consolidation budgétaire remise à plus tard

La consolidation budgétaire, très avancée à fin 2019, dans la cadre de la Facilité élargie de crédit du FMI arrivée à son terme de quatre ans en mai 2020, s’est inversée en 2020 avec la survenance de la crise. Alors que les recettes baissaient d’environ 20%, les dépenses augmentaient de 10% en dépit de coupes dans les dépenses non essentielles. Le déficit s’est beaucoup creusé, nécessitant la participation majorée des partenaires multilatéraux et européens, à côté d’un recours accru au marché domestique et du financement par la Banque centrale. En 2021, le déficit ne devrait que peu reculer, car certaines recettes subiront avec décalage la crise, tandis que certaines aides devront être prorogées et certaines dépenses, comme les règlements aux fournisseurs et le paiement d’arriérés aux entreprises publiques, ne pourront plus être repoussées. Le besoin de financement comprenant le déficit et l’amortissement de la dette (27% du PIB) devrait être couvert très majoritairement par des sources extérieures, reflet d’une dette à 67% extérieure et à 71% en devises étrangères (septembre 2020). Il est aussi question d’un emprunt national et d’un appel aux expatriés.

Le ratio du déficit courant au PIB a continué de se réduire en 2020, malgré la chute du PIB. Cela est dû au fait que les importations, en lien avec la demande intérieure, ont baissé plus que les exportations de biens, permettant de réduire le déficit commercial de 14 à 10% du PIB. Cependant, l’excédent des services lié au tourisme (3% du PIB en 2019) s’est volatilisé. Dans le même temps, les remises des expatriés (5%) ont assez bien résisté et les versements de dividendes et intérêts aux investisseurs étrangers (2%) peu varié. Le solde courant devrait peu évoluer en 2021. Si les exportations de biens devraient reprendre plus vite que les importations (celles d’énergie, qui en constituent le tiers, baisseront de 20% avec l’extension de la production du champ gazier de Nawara), les recettes touristiques seront anémiques et les intérêts de la dette augmenteront légèrement. L’insuffisance de l’investissement étranger (entre 1 et 2% du PIB) contraint l’Etat à s’endetter, besoins de financement public et extérieur se recoupant. Les réserves de change approchaient l’équivalent de 5 mois d’importations fin 2020. Malgré les interventions (efficaces) de la Banque centrale pour conforter le dinar, elles ont bien résisté, grâce aux aides extérieures. En 2021, les interventions se réduiraient et l’érosion du taux de change reprendra.

 

Des tensions politiques et sociales

La scène politique demeure tourmentée. Le gouvernement du premier ministre Hichem Mechichi, un indépendant investi en septembre 2020, est le quatrième depuis les élections d’octobre 2019, après un remaniement en janvier 2021. L’instabilité gouvernementale est le reflet de la fragmentation politique et de l’opposition entre laïcs et cléricaux (représentés par le parti Ennahdha, islamiste conservateur, qui détient 52 sièges sur 217) au sein de l’Assemblée des représentants du peuple qui obligent à trouver des majorités de circonstance. Ajouté aux querelles entre le président Kaïs Saïed, le Premier ministre et l’Assemblée, cela complique le traitement des problèmes économiques et sociaux, ainsi que de la déficience des services publics, lancinants, et particulièrement aigus dans le gouvernorat de Tataouine (chômage > 30%, mais 40% du pétrole et 20% du gaz), au sud du pays, et terreau de nombreuses grèves, manifestations, émeutes, blocages de sites industriels, et actes terroristes. Dans ces conditions, la remise en ordre des comptes publics, probablement avec la conclusion d’un nouvel accord avec le FMI et l’aide étrangère liée, sera ardue. Des élections anticipées en 2021 sont une éventualité.

 

Dernière mise à jour : Mars 2021

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