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Changer de secteur

Forces

  • Résilience des majors aux fluctuations de prix du pétrole brut du fait de leur diversification
  • Nouveaux modes de financement partageant les risques entre producteurs et investisseurs
  • Efforts des compagnies pétrolières pour baisser leur point mort

Faiblesses

  • Niveaux d’endettement élevés, en particulier pour les compagnies exploitant des pétroles non-conventionnels
  • Forte volatilité des cours du pétrole brut
  • Situation de surcapacité des entreprises du secteur, dans le segment des services pétroliers et gaziers

Appréciation du risque

Synthèse de l’appréciation du risque

Les cours du pétrole brut doivent faire face à une demande au ralenti ainsi qu’à une offre qui reste dynamique. Compte tenu du déséquilibre au profit de l’offre sur ce marché notamment, Coface prévoit un cours du brut à 60 USD par baril en moyenne pour 2020. Or, ce niveau de cours est trop bas pour permettre aux entreprises d’exploration de générer des flux de trésorerie conséquents. Ceci se répercute sur l’ensemble de la filière, car les dépenses d’investissement sont faibles, ce qui déstabilise les entreprises parapétrolières, qui souffrent déjà de surcapacités. Ces entreprises parapétrolières fragilisées financièrement sont les plus à risque dans le secteur. Enfin, les raffineries doivent composer avec des nouvelles normes alors qu’elles font face à une demande atone. Par conséquent, dans l’ensemble, les risques augmentent pour les entreprises du secteur, ce qui se reflète dans les évaluations de risque sectoriel de Coface. En effet, sur les six régions du monde pour lesquelles Coface produit des évaluations de risque sectoriel pour le secteur de l’énergie ; aucune n’est évaluée à « risque faible » et la moitié d’entre elles sont évaluées à « risque élevé ». En Amérique du Nord notamment, les acteurs non-conventionnels doivent désormais démontrer que leur activité est viable, alors qu’ils opèrent dans une région où le secteur de l’énergie a été dynamique dans les dernières années, avec les États-Unis s’approchant de l’indépendance énergétique.

Energy FR
Les productions de pétrole et de gaz naturel devraient rester dynamiques malgré une conjoncture économique mondiale morose

Coface prévoit un ralentissement de la croissance mondiale atteignant 2,5 % en 2019 et 2,4 % en 2020 contre 3,2 % en 2018 ; en raison principalement de l’impact tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, augmentant l’incertitude et affectant les chaînes de valeur mondiales ainsi que la confiance des ménages et chefs d’entreprise.

Dans ce contexte, Coface estime que le prix annuel moyen du Brent devrait s’établir à 60 USD par baril en 2020 en moyenne ; en raison d’une demande atone provenant de la Chine et de l’Inde, ainsi que des industries clientes en difficulté telles que la pétrochimie. Les prix moyens mensuels du Brent ont baissé de 14 % à fin juillet 2019 par rapport à fin décembre 2018 (64,07 USD contre 74,11 USD), malgré la persistance d’un certain nombre de facteurs qui auraient pu conduire les cours à la baisse. Ces derniers incluent un contexte géopolitique qui reste tendu au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et une production réduite des pays de l’OPEP +, au titre de l’accord en vigueur ainsi que l’impact des sanctions américaines sur les productions de l’Iran et du Venezuela.

Par conséquent, les causes ayant principalement exercé une pression à la baisse sur les cours du pétrole sont le ralentissement de l’économie mondiale ainsi que les nouvelles normes visant à réduire la consommation en hydrocarbures et à prévenir les risques environnementaux. Ces normes ont impacté un certain nombre de secteurs clients tels que l’automobile, le transport maritime ou la Chimie (plus particulièrement, le segment de l’industrie pétrochimique). La marge nette des principales entreprises pétrochimistes mondiales a en effet chuté de 127 points de base entre le T2 2019 et le T2 2018 (8,25 vs 9,52) en raison des nouvelles normes.
Paradoxalement, la production mondiale augmentera du fait du dynamisme des producteurs non-conventionnels. De surcroît, en 2020, la production des pays de l’OPEP + devrait être stable par rapport à 2019 en raison de la volonté de l’Arabie saoudite de peser sur les cours. De leur côté, les pétroliers non-conventionnels américains continueront de produire mais à un rythme moins effréné en 2020.

En ce qui concerne le gaz naturel, les projets de liquéfaction de gaz voient leur nombre accélérer car moins onéreux et plus respectueux de l’environnement en termes d’émission que d’autres sources d’énergie comme le charbon par exemple. Ainsi en 2020, la production devrait augmenter de 28 millions de tonnes, dont une grande majorité émanera des États-Unis. Coface s’attend à ce que le dynamisme de la production de gaz naturel influe sur les cours, si la demande n’est pas aussi dynamique.
Les cours du gaz naturel varient en fonction des zones géographiques, dont chacune dispose d’un cours de référence. Or, les cours devraient continuer d’être orientés à la baisse sous l’effet de l’augmentation de l’offre évoquée ci-avant, notamment au travers de sa version liquéfiée. À cela s’ajoute une demande qui devrait continuer de rester morose cette année, en raison de la conjoncture économique. À titre d’exemple, les cours de l’indice asiatique des contrats de gaz liquéfié ont chuté de 56 % entre le T3 2019 et le T3 2018. En outre, les différents acheteurs de gaz naturel se tournent de plus en plus vers des contrats spots, de court terme, délaissant de ce fait des contrats dont les prix sont liés aux évolutions du pétrole brut.

 

L’orientation à la baisse des cours du pétrole brut pénalise la situation financière des compagnies d’exploration et de production ; et constitue l’un des principaux risques sur leur profitabilité

Les « majors », qui sont en majorité américaines et européennes, parviennent à compenser ces risques grâce à des actifs plus diversifiés et des coûts de production (« point mort ») plus bas que les entreprises du secteur moins importantes. Dans ce segment, les acteurs au profil plus risqué sont ceux qui opèrent dans l’univers des pétroliers non-conventionnels, notamment aux États-Unis. En effet, d’après l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA), les flux de trésorerie disponibles (free cash flows) des premier et second trimestres de l’année 2019 des pétroliers américains non-conventionnels furent négatifs du fait d’investissements toujours plus lourds financièrement alors même que les flux de liquidité (cash flows) étaient faibles. D’ailleurs, d’après l’enquête de mars 2019 du cabinet américain d’avocats Haynes & Boone sur les conditions d’emprunt des compagnies pétrolières, les sociétés nord-américaines prévoient une redétermination atone de leur base de financement en 2020. La faiblesse des cours du Brent et du WTI étant la principale cause de conditions de financement plus difficiles. Cette tendance est couplée à une évolution des exigences des nouveaux investisseurs, qui occupent les conseils d’administration. Dans l’ensemble, ces derniers ont en effet tendance à demander des retours sur investissements plus importants. Compte tenu de la conjoncture, ceci pourrait contraindre certaines compagnies à se restructurer. Enfin, elles se voient obligées de trouver des moyens alternatifs de financement, notamment via la participation de financeurs dans le processus de production au travers de drillcos et de farmouts, au travers desquels, les coûts sont partagés ainsi que les revenus.

 

La situation des raffineries reflète bien les difficultés du secteur

Selon l’Agence Internationale de l’Energie, les raffineries ont souffert des marges faibles durant le premier semestre 2019. En effet, excepté la Chine qui affiche une croissance timide au premier semestre 2019, la croissance de l’offre de produits pétroliers fut globalement décevante (- 0,6 % au T2 2019 en rythme annuel) du fait de maintenances non prévues et de fermeture de raffineries induites par des conditions climatiques extrêmes aux États-Unis, ainsi que par les ruptures d’approvisionnement en France et en Allemagne, causant l’arrêt ou la diminution d’activité de certaines raffineries. Néanmoins, la croissance de la demande a pesé sur les prix, affichant + 0,3 million de barils par jour au T2 2019, un niveau inédit depuis le dernier trimestre de l’année 2016. Comme pour l’ensemble des entreprises du secteur, les normes environnementales plus contraignantes pesant sur les secteurs clients pénaliseront les activités des raffineries. C’est le cas de la norme IMO 2020 qui entre en vigueur cette année et impose aux transporteurs maritimes d’utiliser des combustibles marins contenant moins de soufre. Enfin, certaines raffineries produisant des dérivés plus lourds, pourraient fermer durant l’année, du fait de capacités de stockage limitées.

 

Notes de lecture : 

  • Marge nette : bénéfices ou pertes sur chiffre d’affaires.
  • Majors : Grandes compagnies pétrolières et gazières, qui dominent le marché mondial. Elles sont majoritairement américaines ou européennes.
  • Hydrocarbures non conventionnels : Ce sont des hydrocarbures dont la position dans le sous-sol est inhabituelle. Par conséquent, ils requirent des processus d’extraction particulière, souvent plus difficiles que les processus classiques, comme c’est le cas pour le pétrole de schiste.
  • Contrats spots : Il s’agit de contrats échangés sur les marchés au comptant ; sur lesquels les actifs négociés font l’objet d’une livraison et d’un règlement instantanés.

 

Dernière mise à jour : février 2020

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